Les bouleversements techniques dans l’agriculture ont un temps vidé les campagnes de leurs habitants. Mais le monde rural attire désormais de nouvelles générations, qui participent à sa transformation.
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Depuis quatre ans, la Britannique Catherine Hyland étudie précisément ces mutations à travers le globe.
Née en 1985 à Nottingham, dans le centre de l’Angleterre, Catherine Hyland étudie, à Londres, au Chelsea College of Arts puis au Royal College of Art, dont elle sort diplômée en 2011. La photographe s’intéresse particulièrement aux paysages, et aux façons dont les humains les transforment. Dans la quasi-totalité des cas, elle travaille à la pellicule. Ses œuvres ont été publiées dans de grands médias internationaux comme The New Yorker, Die Zeit ou The Guardian.
“Nombre des idées qui ont motivé mon projet sont très visibles en Chine. On en voit une version exacerbée, pour ainsi dire. En Chine, non seulement les choses existent à bien plus grande échelle, mais elles se jouxtent aussi. Il y a les anciens, qui travaillent dans les champs et, à leurs côtés, une très jeune génération qui maîtrise les nouvelles technologies”, accro à son téléphone portable et peu encline au travail de la terre. Et ce contraste est bien plus fort que dans son Angleterre natale, poursuit la photographe.
C’est pourquoi, depuis octobre 2024, elle s’est rendue à plusieurs reprises dans la province du Yunnan, dans la ville de Dali et ses alentours, ainsi qu’un peu plus au nord vers Lijiang. À Dali particulièrement, beaucoup de jeunes urbains sont venus chercher une autre vie.
Si les statistiques ne permettent pas nécessairement d’établir une sorte d’exode rural à l’envers, l’évolution se constate bien dans les mentalités. “L’intérêt pour les campagnes se développe beaucoup”, au fur et à mesure que les jeunes cherchent “des modes de vie plus détendus” : “une réaction complètement sensée” face aux rythmes effrénés de la ville, selon Catherine Hyland.
Inventer la nouvelle façon d’habiter les campagnes
Dans une démarche réflexive, elle constate l’importance du rôle de la photographie sur place – qu’il s’agisse d’une foule de couples cherchant la photo de mariage idyllique, de touristes intérieurs ou des plus jeunes venus s’installer dans la région, surnommée “Dalifornie”. Ce qui ne va pas sans défi : “Sur place, je ne cessais de tout réévaluer. Je ne voulais surtout pas donner l’impression d’un artifice.” Mais la fascination pour les selfies en plein champ participe aussi d’une “façon de se rapprocher de l’idéologie rurale”, précise-t-elle.
“[Les jeunes] cherchent encore leur place dans ce cadre. Évidemment, pour leurs grands-parents, cela relevait plus de la survie.”
À ce stade en effet, il existe toujours quelques frictions entre deux mondes qui vivent côte à côte, plutôt que fusionnés. Voilà ce que la photographe exprime dans l’intitulé de son travail, New World Other. “C’est un titre très ouvert, mais qui exprime aussi clairement que les uns et les autres se considèrent mutuellement, depuis trop longtemps, comme des étrangers.”
Ce zoom sur le Yunnan est le premier volet d’une série de longue haleine sur l’avenir de l’agriculture à travers le monde. “Nous devons le concevoir collectivement.” Alors que le contexte géopolitique est fait d’instabilité, se poser les questions d’autonomie agricole est crucial, estime Catherine Hyland. Et elle appelle à dépasser “les images rurales très vieillottes associées à des visions pastorales”, et à inventer l’agriculture du futur, adaptée aux bouleversements climatiques. Explorer ces questions ravit la photographe : “Je pourrais y être encore dans dix ans.”
Singapour, où les arbres enlacent les immeubles
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