Li Chen-hsiu détient un double record. En février, elle est devenue la première femme originaire de Chine continentale et établie à Taïwan par le mariage à accéder au Parlement taïwanais. Le sujet est hautement sensible pour une île qui redoute les opérations d’infiltration de Pékin. Son entrée au Yuan législatif, le nom de l’Assemblée, a attisé la crainte d’une « cinquième colonne » d’épouses issues de l’autre rive du détroit de Taïwan s’immisçant au cœur de la démocratie locale.
L’échec de Mme Li à prouver de manière définitive qu’elle a bien renoncé à sa citoyenneté chinoise, cumulé à sa critique maladroite de magouilles financières au sein de sa propre formation, le Parti populaire taïwanais, a eu raison du soutien des dirigeants de ce groupe populiste, la forçant à renoncer. Elle a été contrainte d’abandonner son siège après soixante-neuf jours seulement, probablement le mandat le plus court qu’ait connu l’Assemblée. « Je savais que ma situation allait attirer l’attention », confie cette femme de 53 ans, dans un centre commercial à l’ouest de Taipei.
Si brève qu’elle fut, l’expérience n’a pas été simple pour cette ancienne employée du géant de l’assemblage électronique Foxconn. Cette mère de cinq enfants, bien intégrée, qui affirme ne plus manger épicé pour dire son éloignement de son Hunan natal, a commencé à se faire insulter dès son entrée en politique. « Si le gouvernement ne la bloque pas, je vais m’en charger », l’a-t-on menacée sur les réseaux sociaux. Elle nourrit encore des ambitions, mais cette fois plus locales, prétendant à la mairie de Zhubei, une ville prospérant sur les semi-conducteurs. A son ton convaincu, on comprend qu’elle était destinée à la politique.
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