Ahadadream, ou Ahad Elley à la ville, n’est pas un petit nouveau dans la musique britannique. Cela fait une décennie que son nom est associé à l’arrivée d’une vague dance dont l’originalité repose sur des percussions inspirées des musiques afro-caribéennes et sud-asiatiques. Son premier album, P*ki, sorti le vendredi 18 septembre, est la confirmation de ce succès.
Comme le note l’hebdomadaire britannique The Observer dans sa sélection musicale de la semaine, le résultat est un “triomphe puissant et hypersensible, sans un seul loupé”. À travers 11 titres, celui qui a émigré à 13 ans avec ses parents, de son Pakistan natal jusqu’au Bedfordshire, un comté situé au nord de Londres, “tisse des fibres caractéristiques de ce que la scène musicale britannique a de brut et de chic, et les associe à des sensibilités sonores du sous-continent indien”, décrit de son côté le mensuel de musique électronique londonien Mixmag. Il a d’ailleurs consacré la couverture de son numéro de septembre au DJ.
Représenter le Pakistan
Parmi les titres de l’album, la presse adore le morceau d’introduction, Tere Bin, qui inclut un sample d’une chanson de Nusrat Fateh Ali Khan, une icône de la musique au Pakistan. Mixmag y voit “un titre survolté qui ajoute des percussions dynamiques et une grande amplitude de basses à un grand classique de Nusrat Fateh Ali Khan”, tandis que le quotidien britannique The Guardian salue “une réinterprétation lumineuse qui a conquis les fans, au point qu’au moins un couple l’a [à ce jour] joué à sa cérémonie de mariage”.
Si ce titre est particulièrement applaudi, c’est aussi parce qu’il résume parfaitement le son et la vision d’Ahadadream : une célébration sans complexe de la musique pakistanaise, savamment mêlée à une funk nerveuse made in UK.
Ahadadream est le porte-drapeau d’une diaspora sud-asiatique souvent sous-représentée dans la musique électronique occidentale. C’est notamment pour cette raison qu’il a choisi d’appeler son album P*ki (prononcer “p-étoile-k-i”), en se réappropriant l’insulte raciste bien connue des minorités pakistanaises au Royaume-Uni.
“Je me fais entendre et j’occupe le terrain”, résume le musicien à Mixmag. Le Guardian insiste :
“Sur P*ki, Ahadadream contribue fièrement à l’apaisement d’une nouvelle génération en rejetant le réflexe de se faire tout petit.”
Pour assouvir cette ambition, le DJ a créé un label et un festival nommés Dialled In, qui ont comme objectif de promouvoir la scène sud-asiatique. Une initiative qui a tellement grossi que le festival en est à sa cinquième édition et a organisé la première scène sud-asiatique du festival de Glastonbury en 2024. Il est aussi responsable de la mise en place d’événements Boiler Room au Pakistan et au Bangladesh, du nom donné à ces concerts de DJ filmés aux quatre coins du monde, très populaires sur YouTube.
La connexion avec Skrillex
Un des autres titres remarquables de l’album, aux yeux de la presse, est celui qui le clôt. Taka, réalisé en featuring avec l’icône de musique électro Skrillex, est d’abord sorti en 2024. Et c’est clairement ce tube qui a fait exploser la popularité d’Ahadadream.
L’histoire derrière cette collaboration est celle d’une belle amitié, raconte le DJ au micro de Mixmag : “[En 2023] Skrillex est venu chez moi, ce qu’il fait de temps à autre pour avoir de grandes conversations sur la vie. Il m’a dit de quitter mon emploi et je lui ai expliqué l’importance d’avoir de la stabilité, en tant qu’immigré, ce qui m’a valu cette réponse : ‘Tu es doué. Démissionne et je te garantis que ça marchera pour toi.’ Ça a changé ma vie. Il m’a même promis que je pourrais dormir sur son canapé en cas de souci.”
Nul besoin de dire que, finalement, Ahadadream n’a pas eu besoin de canapé.
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