Il y avait deux Canadiennes anglophones, cette année, dans la liste des noms les plus cités pour le prix Nobel de littérature. L’une, à la notoriété internationale, Margaret Atwood, et l’autre, beaucoup moins connue du public français, Anne Carson. C’est à la seconde, autrice atypique se jouant avec humour et érudition des genres littéraires, que l’Académie suédoise a décerné, jeudi 8 octobre, sa prestigieuse récompense. Treize ans après Alice Munro (1931-2024), Anne Carson est la deuxième Canadienne ainsi distinguée. Mais notons que dans son cas, on pourrait presque parler de double nationalité gréco-canadienne, tant son œuvre est sculptée dans l’esprit de la Grèce ancienne, imprégnée de lettres et de cultures antiques.
Car avant d’être écrivaine, Anne Carson est d’abord une philologue classique. Née le 21 juin 1950 à Toronto, cette helléniste, formée à l’université de cette même ville, est devenue elle-même professeure – elle a enseigné à l’université McGill de Montréal ainsi qu’aux Etats-Unis, à l’université du Michigan et à Princeton. Elle a aussi beaucoup retraduit vers l’anglais des classiques grecs. Souvent d’une façon personnelle et remarquée. Par exemple, dans Grief Lessons (« leçons de deuil », 2006, non traduit), qui rassemble quatre tragédies d’Euripide, les personnages affrontent la perte, la vengeance, la folie, l’effondrement des liens familiaux… dans une langue nerveuse et percutante qui cherche moins à coller au grec qu’à rendre toute l’étrangeté et la violente immédiateté de ces pièces.
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