Quatorze personnes ont été reconnues coupables, mardi 22 septembre, d’avoir participé directement, le dimanche de Pâques 2019, aux attentats les plus meurtriers de l’histoire du pays. Au terme de cinq ans de procédure, la Haute Cour de Colombo a ainsi condamné un peu plus de la moitié des 24 accusés qui comparaissaient devant elle.
Le 21 avril de cette année-là, huit « kamikazes » avaient semé la terreur dans l’île en se faisant exploser dans trois églises et autant d’hôtels de luxe, causant la mort de 279 personnes, dont 45 étrangers. La police avait aussitôt attribué ces attaques-suicides à un mouvement djihadiste, qui avait prêté allégeance au groupe Etat islamique (EI).
Mais au fil de l’enquête, l’Eglise catholique, la presse et plusieurs témoins ont mis en cause les services de renseignement sri-lankais, accusés d’un complot qui visait à semer le chaos sur l’île pour favoriser l’élection de Gotabaya Rajapaksa à la présidence.
Sur les 24 accusés, un quinzième n’a été reconnu coupable que d’une partie des charges retenues contre lui, les neuf autres ont été acquittés. Les peines retenues contre les accusés seront annoncées plus tard dans la journée, a annoncé le président de la Haute Cour.
« Finalement la justice est rendue »
Tous étaient poursuivis pour meurtres, tentatives de meurtre et complicité de meurtres en relation avec une entreprise terroriste, détention d’armes et d’explosifs, des crimes passibles de la peine capitale. Si la peine de mort est toujours en vigueur dans son code pénal, le Sri Lanka a suspendu de fait depuis 1976 toutes les exécutions, généralement commuées en réclusion criminelle à perpétuité.
Réunis depuis le début de l’audience, mardi matin, autour du tribunal, placé sous haute protection policière, des dizaines de proches ont accueilli avec satisfaction le verdict de culpabilité. « Finalement la justice est rendue, s’est réjoui auprès de l’Agence France-Presse un prêtre catholique, Jude Fernando. La route a été longue. C’est ce que les familles des victimes et les survivants attendaient. »
Pendant le procès, l’accusation a présenté Mohamed Naufar comme l’un des organisateurs des attaques. Comme tous les autres accusés, il a démenti toute participation. Trois des accusés ont parallèlement été inculpés pour actes de terrorisme par le département de la justice américain devant un tribunal fédéral californien.
Un dossier à tiroirs
Au-delà de ce seul procès, l’enquête sur les attentats de Pâques 2019 a connu un développement spectaculaire en février, avec l’arrestation et l’incarcération d’un ex-officier des services de renseignement, le général à la retraite Suresh Sallay.
Le ministre de la sécurité publique, Ananda Wijepala, l’avait présenté devant le Parlement comme le véritable « cerveau » des attentats. Soupçonné d’avoir bénéficié du complot, l’ancien chef de l’Etat (2019-2022) Gotabaya Rajapaksa n’a pour l’heure pas été formellement mis en cause, mais la justice lui a interdit de quitter le pays.
Selon des pièces de ce dossier à tiroirs, l’attentat visait à créer le chaos avant la présidentielle, et à faire de M. Rajapaksa, ex-ministre de la défense loué par ses partisans pour avoir vaincu la rébellion tamoule (1983-2009), le seul capable de rétablir la sécurité.
Membre d’une longue dynastie politique, il a vigoureusement nié toute implication. Dans un procès connexe, l’ancien chef de la police et l’ex-secrétaire général du ministère de la défense ont été condamnés à mort, en juillet dernier, pour avoir failli à empêcher ces attentats.