Le lien d’âme entre le Liban et la francophonie n’est plus à prouver. Dans le pays, 38 % de la population est parfaitement francophone, selon l’Organisation internationale de la francophonie, et la nation a produit des écrivains d’expression française très populaires, parmi lesquels Amin Maalouf ou Georgia Makhlouf.

À lire aussi : En librairie. “Hind ou la plus belle femme du monde” : l’élégie pour le Liban de Hoda Barakat

Pourtant, la littérature francophone ne trouve plus vraiment son public au Liban, comme l’explique Zéna Zalzal, rédactrice adjointe du service Culture pour le quotidien francophone libanais L’Orient-Le Jour.

“Depuis 2019, écrit-elle, la crise économique et sécuritaire a frappé de plein fouet le marché du livre, appauvrissant une classe moyenne traditionnellement lectrice et poussant une partie de celle-ci à l’émigration. À ces difficultés contextuelles s’ajoute l’érosion du français dans le paysage culturel libanais, particulièrement perceptible chez les jeunes générations.”

C’est en faisant un tour au Salon arabe et international du livre de Beyrouth (du 9 au 18 octobre, au sein duquel on trouvait aussi le salon de la littérature francophone de Beyrouth, Beyrouth Livres) que la journaliste a constaté la faible présence d’éditeurs en français.

S’adapter au changement

Bien sûr, le géant franco-libanais Hachette Antoine était présent. Mais même lui n’édite plus beaucoup de livres francophones, puisque 90 % de sa production est désormais en arabe. Pas étonnant au vu des chiffres : dans la capitale, un livre francophone se vend en moyenne seulement entre 500 et 1 000 exemplaires.

“Dans un pays où les auteurs francophones semblent parfois plus nombreux que leurs lecteurs, miser exclusivement sur le français relève désormais du pari risqué”, estime Zéna Zalzal. Résultat, s’adapter est devenu indispensable, surtout pour les petites maisons d’édition. C’est le cas des éditions Dergham, dont le catalogue créé en 1999 et centré sur des publications en français s’est élargi à l’anglais et à l’arabe.

À lire aussi : Au Liban, la francophonie perd pied

Malgré ces efforts linguistiques, les petites structures font face à d’autres problèmes, notamment celui du réseau de distribution. Comme l’explique L’Orient-Le Jour :

“Sans réseau de distribution solide, les aides à la publication ne suffisent pas à garantir la pérennité des structures éditoriales.”

Se pose aussi la question de la concurrence imposée par le réseau hexagonal. Les éditeurs locaux peinent à rivaliser face aux éditeurs français qui publient les auteurs libanais, et dont les moyens permettent une diffusion très large.

Se battre pour la littérature francophone

Mais l’édition francophone libanaise n’a pas dit son dernier mot. Pour réduire leurs frais, certains éditeurs penchent pour l’édition à compte d’auteur, tandis que d’autres passent par la conversion de leurs ouvrages au format électronique pour Amazon.

À lire aussi : Reportage. Ces jeunes Algériens qui préfèrent lire en anglais plutôt qu’en français

D’autres misent sur la publication de genres populaires au Liban, comme la biographie. C’est le cas de Nidal Haddad, à la tête de la maison d’édition Calima. Elle explique :

“Il existe un public pour le livre francophone libanais, mais à condition de lui proposer des textes qui trouvent un écho en lui.”

Ces initiatives “ne suffiront peut-être pas à elles seules à inverser la tendance”, note Zéna Zalzal, mais “montrent néanmoins que l’édition francophone libanaise conserve des ressources, des idées et des acteurs prêts à se battre pour elle”.