La colère sociale qui s’est intensifiée depuis le 10 octobre au Portugal s’affiche en grand, ce jeudi 29 octobre, à la une de Visão, qui titre : “La mèche des inégalités”. Sur fond de manifestations, de charges policières et de campements installés par les protestataires, l’hebdomadaire choisit de regarder au-delà des affrontements.

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“Le fossé entre les favorisés et les défavorisés, qui se reflète dans l’accès au logement, le coût de la vie, l’emploi et les soins de santé, est aujourd’hui le moteur des manifestations”, écrit le magazine, qui voit dans cette colère le symptôme d’une crise sociale profonde.

Contrat social rompu

Dans son éditorial, le directeur Rui Tavares Guedes adopte un ton grave et désabusé. “L’Histoire nous enseigne que les révoltes ne se nourrissent pas du désespoir, mais de la désillusion”, écrit-il. L’éditorialiste déplore l’incapacité des gouvernements successifs à répondre aux attentes d’une jeunesse à laquelle on avait promis une vie meilleure que celle de ses parents. Une promesse aujourd’hui trahie :

“Ce contrat social a été rompu sans motif légitime ni explication. Pire encore, cette rupture a été dissimulée.”

Pour comprendre les racines de cette colère, Visão explore les inégalités qui se transmettent dès le plus jeune âge. “À 5 ou 6 ans, au moment d’entrer à l’école primaire, les enfants issus des familles les plus pauvres présentent un retard de connaissances de cinq mois par rapport aux enfants des familles les plus aisées.”

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Un fossé qui se creuse au fil de leur scolarité. Malgré les progrès considérables de l’enseignement portugais depuis cinquante ans, l’école ne parvient toujours pas à compenser le poids des origines sociales dans les inégalités. Seuls 11 % des jeunes dont les parents n’ont pas dépassé la fin du collège obtiennent un diplôme universitaire, contre 62 % des enfants de diplômés du supérieur.

Plus surprenant, certaines politiques publiques censées réduire les inégalités profitent davantage aux plus aisés. Sur dix euros d’aides distribuées par l’État, quatre vont aux 20 % les plus riches, contre seulement 1,50 euro aux 20 % les plus pauvres. Le magazine rappelle également que 1,7 million de Portugais vivent dans la pauvreté, dont 300 000 enfants.

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Dans un entretien, Miguel Herdade, spécialiste des politiques éducatives et auteur de Gente como Nós (“Des gens comme nous”, inédit en français), remet en cause le mythe de la méritocratie : “Nous avons fini par faire reposer l’ascension sociale sur le seul effort individuel. Autrement dit, si je ne réussis pas, c’est de ma faute. Alors que, bien souvent, c’est la famille dans laquelle nous naissons qui perpétue la pauvreté.”