Les indépendantistes du Parti québécois prennent les rênes du gouvernement provincial. La formation politique a remporté, lundi 5 octobre, selon des résultats partiels, les élections dans la province francophone du Canada, où ils promettent d’organiser un nouveau référendum sur l’indépendance.
Le retour au pouvoir de ce groupe, qui n’a plus dirigé le Québec depuis 2014, est un défi de taille pour le premier ministre canadien, Mark Carney, alors qu’aucune issue au conflit commercial avec Washington ne se dessine et qu’il est confronté à d’autres velléités séparatistes dans la riche province pétrolière de l’Alberta, dans l’ouest du pays.
Après le dépouillement de plus de la moitié des bulletins, le Parti québécois a recueilli 29 % des voix, devant les libéraux (23 %), les conservateurs (21 %) et loin devant le parti de centre droit, qui était au pouvoir depuis 2018, la Coalition avenir Québec (CAQ, 14 %).
Son chef, Paul Saint-Pierre Plamondon, avocat de 49 ans surnommé « PSPP », sera donc le nouveau premier ministre de la province, dotée de très larges compétences et peuplée de neuf millions d’habitants. Il n’est, en revanche, pas encore possible de savoir si son gouvernement aura la majorité ou sera minoritaire.
La question clivante de l’indépendance
Rassemblés à Montréal, ses partisans ont chanté « Le Québec, un pays », célèbre slogan indépendantiste, à l’annonce des résultats. Le Parti québécois a promis d’organiser un nouveau référendum sur l’indépendance du Québec. Son chef a toutefois précisé qu’il attendrait la fin du mandat de Donald Trump à la Maison Blanche, en janvier 2029, car l’escalade actuelle du conflit commercial entre les Etats-Unis et le Canada n’offre « pas un climat serein pour réfléchir à notre avenir ».
S’il a bien lieu, ce référendum serait le troisième organisé au Québec, après ceux de 1980 et de 1995. Le dernier avait été perdu de peu par le camp du « oui » à l’indépendance.
La question de l’indépendance a toujours profondément divisé le Québec, entre « souverainistes » voulant se séparer du Canada et « fédéralistes ». Mais l’idée d’un nouveau référendum revient pour la première fois depuis 30 ans au centre du débat politique. Félix Marineau, 26 ans, dit avoir été « pour le oui [à l’indépendance] depuis toujours ». « On a le droit de se poser la question [d’une sécession du Canada] en tant que démocratie. Pour moi, être contre le référendum, c’est être contre la démocratie », a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse, à Montréal.
Alexia Gomez, qui votait pour la première fois à 19 ans, est en revanche opposée à toute idée de sécession. « Si le Québec devient indépendant, ça nous rendrait vulnérables d’un point de vue politique, économique, militaire », a-t-elle jugé.
Lydie Periard, étudiante de 22 ans, s’est dit elle « très inquiète » après la victoire du Parti québécois, dénonçant une vision, selon elle, « populiste » de la formation sur l’immigration, le Parti québécois prônant une réduction du nombre d’immigrants, en particulier ceux qui ne sont pas francophones.
« Rapport de force » avec Ottawa
Même si le camp indépendantiste dépasse le seul Parti québécois, la proportion de Québécois prêts à voter « oui » à une séparation du Canada est de seulement 31 %, selon un récent sondage. D’après les analystes, le vote pour la formation indépendantiste a été plus nourri par la déception des électeurs vis-à-vis du gouvernement sortant sur le coût de la vie ou de la santé, que par un désir d’indépendance.
Si la perspective d’un référendum reste encore lointaine, un gouvernement québécois indépendantiste n’est pas une bonne nouvelle pour Mark Carney. Paul Saint-Pierre Plamondon a déjà laissé entendre qu’il voyait sa relation avec Ottawa comme un « rapport de force ». Si le Québec n’est pas « respecté (…), je ne mettrai pas sous le tapis le fait que ce n’est pas acceptable », a-t-il dit jeudi.
Interrogé lundi dans la journée à Ottawa, le premier ministre s’est gardé de commenter le scrutin, affirmant vouloir « travailler » avec n’importe quel gouvernement élu. Autre sujet de discorde, « PSPP » a également promis d’« abolir la monarchie » au Québec, c’est-à-dire de couper les vivres de la représentante de la couronne britannique dans la province, dont le rôle – qui comprend notamment la promulgation des lois québécoises – est pourtant inscrit dans la Constitution canadienne.
Le Canada est membre du Commonwealth et son chef d’Etat est Charles III. C’est une « mascarade qui coûte de l’argent », a dénoncé le chef indépendantiste, qui veut utiliser ces fonds pour réduire le nombre de sans-abri.