Un haut responsable des houthistes, au Yémen, a qualifié, mardi 27 octobre, de « déclaration de guerre » la décision de l’Egypte d’accorder un soutien militaire défensif à l’Arabie saoudite, visée par des attaques répétées du mouvement pro-iranien.
La milice a, par la suite, annoncé avoir pris pour cible le ministère de la défense saoudien, à Riyad, à l’aide d’un missile balistique. Les forces saoudiennes ont pour leur part annoncé avoir intercepté deux missiles tirés en direction de la capitale, où des explosions ont été signalées. Les houthistes disent, en outre, avoir visé des avions militaires dans le sud du royaume et la raffinerie Ras Tanura, dans l’Est, également avec un missile balistique.
La société de sécurité britannique Vanguard Tech a confirmé qu’un incendie désormais maîtrisé avait été signalé près du site pétrolier. « L’ampleur des dégâts et l’impact sur les opérations de chargement de pétrole restent pour l’heure incertains », a-t-elle ajouté. La raffinerie, exploitée par le géant saoudien Aramco, est l’une des plus grandes du Moyen-Orient et constitue une pierre angulaire du secteur énergétique du royaume.
Depuis la reprise des hostilités au Yémen, en juillet, le royaume saoudien cherche à obtenir un soutien international pour faire face à ces attaques, devenues quasi quotidiennes. Son allié américain n’a, jusqu’ici, pas donné suite à ses appels. A la demande du président Abdel Fattah Al-Sissi, le Parlement égyptien a, lui, donné son aval lundi aux « mesures nécessaires pour soutenir le royaume saoudien ». La nature exacte de cette assistance n’a pas été précisée, mais M. Al-Sissi avait souligné qu’elle serait purement défensive.
L’Egypte et son Parlement « déclarent ainsi la guerre à la République du Yémen, tout en rendant un immense service à Israël », écrit Mohammed Ali Al-Houthi, membre du bureau politique des houthistes, sur Telegram. Il réagissait à la tenue, la veille, d’une réunion à Téhéran entre des dirigeants iraniens et des hauts responsables de l’Arabie saoudite, du Pakistan et de la Turquie, signataires du pacte de défense dit « de La Mecque » et médiateurs dans la guerre au Moyen-Orient. « Il est vraiment remarquable que, tandis que ces gens vont discuter de ce qu’ils appellent “la paix dans la région”, l’Egypte et son Parlement expriment leur soutien à la prétendue défense » du royaume, ajoute Mohammed Ali Al-Houthi.
« Peur d’aucune alliance »
A l’occasion de ce rendez-vous, Riyad a dépêché son ministre de la défense, Khaled Ben Salman Al Saoud, frère du prince héritier, pour la première fois depuis le début du conflit au Moyen-Orient, déclenché le 28 février par des frappes israélo-américaines en Iran.
La reprise, après quatre ans d’accalmie, du conflit au Yémen, qui a éclaté en 2014, a ouvert un nouveau front dans cette guerre régionale. Les hostilités ont gagné en intensité en septembre, avec la prise du littoral yéménite de la mer Rouge par les combattants pro-iraniens et des attaques d’une ampleur inédite contre le royaume saoudien, en particulier contre ses infrastructures pétrolières et ses aéroports.
L’Egypte ne s’est pas jointe au pacte de défense de La Mecque, conclu en août par l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, mais Riyad est un partenaire essentiel du Caire.
« Nous n’avons peur d’aucune alliance », a assuré Mohammed Ali Al-Houthi. L’Egypte possède la plus importante armée du monde arabe, forte de centaines de milliers de soldats en activité, d’avions de combat et de systèmes modernes de défense antiaérienne fournis par divers pays, dont les Etats-Unis, la Chine, la France et la Russie.
En 2015, elle avait rejoint la coalition formée à l’initiative de l’Arabie saoudite pour soutenir le gouvernement yéménite internationalement reconnu, en engageant des forces navales et aériennes, et en déployant des navires de guerre en mer Rouge et dans le détroit de Bab Al-Mandab, qui donne accès au canal de Suez, qu’elle contrôle.