La mort du papier a été annoncée maintes fois. Mais l’heure fatidique n’a pas encore sonné. Au contraire, le papier connaît même une petite renaissance outre-Manche, sous la forme des fanzines. Joyaux de l’ère punk, ces talismans des mélomanes les plus assidus connaissent une résurgence chez la génération Z. “Une forme de résistance à la fatigue de l’algorithme et l’hypercapitalisme de l’industrie musicale”, raconte The Guardian.
“La capacité d’attention numérique est au plus bas, affirme ExP, musicien hip-hop et créateur du fanzine West Yorkshire Hip-Hop. Vous passerez presque certainement plus de temps à regarder un fanzine qu’à faire défiler votre fil d’actualité. C’est plus intéressant et plus authentique.”
Au commencement était le punk
Après les cassettes ou les vinyles, ces magazines artisanaux reflètent bien ce désir d’analogique dans un monde où tout devient virtuel.
Nostalgiques d’un passé qu’ils n’ont pas connu, les jeunes Britanniques reprennent souvent l’esthétique du patchwork, et ont même incité des créateurs de la première heure à relancer leurs fanzines. Une différence notable avec leurs prédécesseurs : ces productions imprimées se diffusent paradoxalement via les réseaux.
C’est avec l’émergence du punk dans les années 1970 que les fanzines ont connu un essor spectaculaire, célébrant les groupes et la culture alternatifs du genre. Ils reflètent à présent l’éclectisme de la scène musicale particulièrement riche au Royaume-Uni, raconte le quotidien britannique.
Aux côtés du “punk toujours très présent” dans ces nouvelles publications comme Gadgie et One Way Ticket to Cubesville, ou encore Artificial, fondé en 2025 par Poppy Lola, 18 ans, on trouve aussi du ska, du métal, du folk… Elles documentent aussi des scènes niches, souvent à l’échelle locale, à l’image du magazine TQ, sur la musique expérimentale. “J’aime à penser que TQ est une histoire vivante de la musique du Nord-Est”, déclare Andy TarQuin Wood, son rédacteur en chef. Une forme de capsule temporelle en somme.
Célébrer sa différence
“Notre époque était la dernière pré-internet, et j’imagine qu’il y a un côté romantique à cela pour les jeunes générations”, affirme Steven, le guitariste et chanteur du groupe indie-pop écossais Bis qui a émergé dans les années 1990, et qui est toujours très apprécié de la Gen Z.
Pour Manda Rin, une autre membre du groupe, leur succès tiendrait aussi à leur statut de marginaux. “Les jeunes aujourd’hui ne sont pas seulement attirés par nos textes engagés et percutants, mais aussi par le fait d’accepter d’être différent, tout simplement.”
C’est aussi là l’un des grands attraits de ce format : former des communautés de fans qui se dérobent à l’homogénéisation culturelle, dans une industrie dominée par les plateformes, les algorithmes et peut-être bientôt l’IA.
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