“Barytons, c’est à vous maintenant : 1, 2, 3, 4…” Sur la droite, un chœur de voix graves s’élève, tandis que Ju marque le tempo depuis la scène, dessinant des lignes verticales dans l’air. Les choristes installés face à elle s’éclaircissent la gorge en attendant leur tour. Pendant ce temps, une jeune fille arrivée en retard s’installe, accueillie par les sourires de deux “collègues” qui lui tendent le cahier de partitions en lui demandant à voix basse si elle a bien révisé sa partie.

Tout à coup, la directrice de la chorale se tourne vers le côté opposé de la salle de Chez Ernest. Comme chaque lundi soir, ce restaurant du XIXe arrondissement de Paris a été transformé en un studio de chant. “Sopranos, c’est votre tour”, les enjoint-elle d’un ton calme mais ferme, les yeux mi-clos, alors que les voix chaudes et rassurantes se voient éclipsées par un ensemble plus aigu. Certaines voix semblent mal assurées. Sans doute la faute de la chaleur, ou d’une distraction. Ou tout simplement parce que leur timbre est en pleine mutation à cause des hormones prises dans le cadre de leur transition.

“S’extraire d’un cliché mélodramatique”

C’est en effet le cas de plusieurs membres de la Queerale, la première chorale parisienne queer et trans, où les performances vocales sont déstructurées et ne