Dans l’ouest de la Birmanie, des familles tentaient mardi 29 septembre de retrouver les corps de leurs proches dans les décombres calcinés d’un marché, au lendemain d’une frappe aérienne de l’armée qui a fait 50 morts, selon des sources humanitaires concordantes.
C’est le bilan le plus meurtrier de ces derniers mois dans ce pays d’Asie du Sud-Est en pleine guerre civile depuis le coup d’Etat militaire de 2021. La junte affronte des mouvements défendant la démocratie et des groupes armés issus de minorités ethniques, qui contrôlent désormais de vastes portions du territoire.
Selon des témoins, l’aviation militaire a bombardé lundi vers midi (7 h 30 à Paris) cet important carrefour commercial situé au bord d’un fleuve, dans la ville de Kyauktaw, dans l’Etat Rakhine, dans l’ouest du pays. L’armée birmane n’a pas pu être jointe pour commenter cette attaque.
Lundi, l’Armée de l’Arakan (AA), groupe armé autonomiste qui contrôle la zone, a d’abord fait état de 33 morts dans un premier bilan. Elle a ensuite fait état de 50 victimes, « des passants innocents, des vendeurs du marché, des clients et des manutentionnaires », selon elle.
Région stratégique
« Le bilan atteint 50 morts et 58 blessés », a affirmé pour sa part mardi l’humanitaire Wai Hun Aung, avertissant qu’il pourrait encore s’alourdir, certains corps ayant été consumés dans l’incendie provoqué par le bombardement.
Des familles se sont rassemblées sur place, près d’un cimetière au milieu des champs, pour récupérer des corps, dont certains étaient recouverts de fines bâches en plastique et d’autres placés dans des cercueils en contreplaqué sous un préau.
L’Etat Rakhine, largement coupé du reste de la Birmanie, compte parmi les régions les plus durement éprouvées par le conflit. Le marché et le pont voisin, bombardés lundi, étaient depuis 2021 un important nœud commercial grâce à une voie fluviale rejoignant l’Inde, devenue essentielle pour l’approvisionnement de la région.
L’Armée de l’Arakan contrôle la quasi-totalité de l’Etat Rakhine, sauf quelques centres urbains toujours défendus par l’armée birmane, qui dispose d’une flotte d’avions de combat de fabrication russe et chinoise.
L’aviation militaire est également accusée d’avoir commis des atrocités en prenant pour cible des civils dans des écoles, des monastères et lors de fêtes religieuses. Selon des organisations de défense des droits humains, ces attaques pourraient constituer des crimes de guerre.
L’Etat Rakhine est stratégique en raison de sa façade sur le golfe du Bengale et de ses infrastructures portuaires et énergétiques liées à la Chine. Près d’un demi-million de personnes y ont été déplacées en raison du conflit, selon les données des Nations unies.