Deux salles, deux ambiances. À la une de son numéro d’octobre, le mensuel canadien Maclean’s a choisi une illustration dépeignant deux couples que tout oppose. À gauche, deux baby-boomeurs − nés entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et 1960 − bien mis, accompagnés de légendes qui dressent la liste de leurs possessions : “revenus élevés tout au long de la vie”, “logement entièrement remboursé”, “retraite en or”, “résidence secondaire” et autres largesses.

De l’autre, deux trentenaires en jean-baskets qui ont hérité du contexte suivant : “salaires stagnants”, “loyers exorbitants”, “inflation galopante des prix du carburant et des produits alimentaires”, “marché du travail instable”, “pas les moyens d’avoir des enfants”, “pas d’argent de côté”, “dette étudiante colossale”.

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“Les généreuses aides financières accordées par le Canada aux seniors ont été mises en place à une époque où les personnes âgées étaient pauvres, fait valoir le journal. Aujourd’hui, elles sont riches, et il est temps de partager la richesse.” Ce “plaidoyer radical pour une redistribution”, auquel la revue canadienne consacre sa une, s’appuie sur le constat de ce qu’elle appelle “la grande arnaque générationnelle”.

Avenir bouché

Le journaliste palestino-canadien Ali Amad, auteur de l’article, explique avoir eu “une épiphanie” un jour qu’il faisait ses courses dans un quartier chic de Toronto, “une brique de lait à 11 dollars [canadiens] à la main” − soit près de 7 euros :

“Après avoir reposé ce lait en rayon, je suis retourné à pied dans le studio où je vis en couple. […] Mon immeuble est entouré de maisons individuelles qui se vendent généralement à 2 millions de dollars ou plus [environ 1,2 million d’euros], même lorsque le marché immobilier ralentit. Elles ne sont qu’à quelques dizaines de mètres de mon appartement, mais elles pourraient tout aussi bien se trouver sur une autre planète. Beaucoup, bien sûr, ont été achetées il y a des années, voire des décennies, par des personnes à la retraite depuis longtemps.”

Au Canada, écrit-il, “la capacité d’une personne à se construire un avenir désirable dépend moins de ses efforts ou de son talent que de l’année de sa naissance”. Un cri du cœur qui entre en résonance, ailleurs dans le monde, avec les réalités auxquelles sont confrontées de nombreuses personnes appartenant aux générations Y et Z.

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Pour le journal, un levier pour réduire ces inégalités consisterait à revoir les programmes d’aide prévus pour les seniors canadiens et à les diriger vers les personnes âgées en difficulté, afin de dégager des fonds destinés à investir dans les transports publics, l’énergie, l’éducation et la santé. Pas sûr que les retraités canadiens, souvent “sur la défensive” au sujet de leurs privilèges, soient très enclins à faire des sacrifices, concède le titre.