Le journaliste Tillmann Prüfer a quatre filles âgées de 12 à 26 ans, Luna, Lotta, Gretta et Juli. Il a fait de son expérience de père une chronique sur l’émancipation des jeunes (surtout quand ils partent à l’étranger) publiée toutes les semaines dans les colonnes de Die Zeit.

Dans un billet, il évoque la découverte par Lotta, 21 ans, lors d’un semestre à Quito, en Équateur, des profondes inégalités du pays où elle étudie dans une université fréquentée par les élites. Elle a déjà effectué de nombreux stages auprès de populations déshéritées et découvre, sur le campus, “une tout autre facette de l’Amérique du Sud” :

“Les bâtiments portent des noms comme ‘Albert Einstein’. Au centre du campus se trouve un bassin aux tortues agrémenté d’une fontaine. La bibliothèque universitaire semble tout droit sortie d’un film ‘Harry Potter’. L’université dispose d’un grand parking surveillé pour les voitures des étudiants. Et il y a même une passerelle piétonne privée menant au centre commercial voisin.”

Tel père, telle fille

Le désarroi de Lotta a rappelé des souvenirs à son père qui se sentait “profondément à gauche et marxiste lorsqu’[il a] décroché [son] premier emploi dans un quotidien économique. Soudain, [il s’est] retrouvé à dialoguer avec tous ces chefs d’entreprise contre lesquels [il venait] de lancer un appel à la révolution.”

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Dans un autre billet, il raconte que Greta, 19 ans, revient d’un an de volontariat en Bolivie transformée, obligeant ses parents à accepter qu’elle ne soit plus la même. “Sa fille a passé un an à l’étranger. Son père doit maintenant se rendre à l’évidence : elle n’est plus la même personne qu’avant son départ”, résume, prosaïque, le quotidien. Tillmann Prüfer évoque “le décalage horaire intérieur” de sa fille et se retrouve, devant le spectacle de la jeune femme qui a découvert l’autonomie puis revient chez ses parents, à se remémorer sa propre expérience après son service militaire. “C’est étrange, vraiment, explique-t-il. On passe une année entière à attendre le retour de son enfant, et puis, dès son arrivée, on s’agace de voir ses vêtements traîner partout. Parfois, je me demande comment c’est possible. Comme on s’attarde vite sur des broutilles au lieu de voir le temps pour ce qu’il est : incroyablement précieux, ces minutes, ces heures, ces jours qu’il nous reste sous le même toit avant que nos chemins ne se séparent.” L’éloignement rend donc philosophe ou du moins fait apprécier non seulement la distance mais aussi le temps différemment.

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