Livre. « Avortement », « femme », « égalité », « LGBT », « Afro-Américain », « réchauffement climatique », « pollution », « exclusion », « diversité », « haine », « victime »… La liste ne cesse de s’allonger. C’est celle de tous les mots qui, depuis le début du second mandat de Donald Trump, le 20 janvier 2025, ont été retirés de documents officiels, de sites Web, d’institutions ouvertes au public ou du vocabulaire scientifique par l’administration fédérale américaine. Ces mots sont aussi utilisés comme motifs pour refuser d’accorder des fonds fédéraux ou pour mettre fin à des programmes de recherche.
Pour devancer cette censure galopante et tout ce qu’elle implique, Cécile Alduy, française installée aux Etats-Unis et naturalisée américaine, écrit « le souffle court », « par bribes, bouts, notes griffonnées à la va-vite sur des Post-it », « à l’arraché ». C’est qu’en plus de vivre, comme ses concitoyens, l’accélération du temps politique caractéristique de l’ère Trump II, l’autrice, professeure en études de lettres et chercheuse depuis vingt ans à l’université Stanford, en Californie, est, explique-t-elle, « rattrapée par son objet d’étude ». L’analyse et la déconstruction des stratégies rhétoriques et discursives de l’extrême droite sont, en effet, sa spécialité.
Rédigé en quelques mois, D’abord ils sont venus chercher les mots (Les Arènes, 368 pages, 20 euros) est à la fois une exploration de la langue du nouveau régime et un précieux témoignage éclairant l’impact du trumpisme sur l’université américaine. « Réfugiée » dans le français, sa langue maternelle, et en évitant soigneusement de mentionner le nom de Donald Trump dans cet ouvrage – par peur de se voir elle aussi censurée –, la chercheuse tente de comprendre la « langue MAGA » (« Make America Great Again »), ce qu’elle dit et ce qu’elle fait.
Bataille culturelle
Son contenu, d’abord – son obsession pour l’acte de « restaurer », par exemple. Ses choix stylistiques, ensuite – son amour des listes, des injures, des superlatifs, « outils de construction d’un monde manichéen régi par la loi du plus fort ». In fine, cette façon de s’exprimer « désarticule la pensée et détruit la capacité à raisonner ».
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