« J’étais de Johannesburg et je voulais retourner à Johannesburg. » C’est ainsi que Nelson Mandela raconte, dans ses Mémoires, avoir éconduit le ministre sud-africain des prisons, venu en 1974 sur l’île de Robben Island, lui offrir une libération anticipée. Pas question pour le futur président de s’installer dans cette région du Transkei, où il était né en 1918 et où le régime sud-africain voulait l’assigner à résidence.
Situé sur la côte sud-est, dans l’actuelle province du Cap-Oriental, le territoire était l’un des dix bantoustans découpés par les autorités d’apartheid selon des critères ethniques pour sanctuariser la ségrégation. Destiné aux populations xhosa, le Transkei a été le premier de ces « Etats » réservés aux Noirs à devenir « indépendant », le 26 octobre 1976. Une entité à laquelle entre 1,3 et 1,5 million de personnes ont été rattachées contre leur gré.
Cinquante ans plus tard, l’ancien Transkei reste l’une des régions les plus pauvres d’Afrique du Sud. Si le pseudo-Etat a disparu avec l’apartheid, en 1994, ses ministères et ses fonctionnaires lui ont survécu. La corruption et le clientélisme aussi. « Ces bantoustans étaient dysfonctionnels et leurs dysfonctionnements se sont répandus dans les collectivités locales après l’apartheid », explique l’historien sud-africain Timothy Gibbs, spécialiste du Transkei. Une mauvaise gouvernance qui pèse encore sur la région à l’approche des élections municipales du 4 novembre.
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