Plus de 100 colons israéliens ont attaqué un village du nord de la Cisjordanie, mardi 29 septembre, pour empêcher le retour d’une famille palestinienne, blessant trois policiers et provoquant de rares condamnations de responsables politiques israéliens.
Cette attaque et d’autres incidents survenus mardi en Cisjordanie interviennent dans un contexte de multiplication des critiques internationales face aux nombreuses violences commises par des colons, que le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a cherché à minimiser la semaine dernière, à la tribune de l’ONU.
L’attaque a eu lieu alors que l’armée israélienne tentait d’escorter une famille palestinienne jusqu’à son domicile dans le village de Jaloud, à une trentaine de kilomètres au nord de Ramallah.
Cette famille avait été contrainte de quitter les lieux deux mois plus tôt à la suite d’attaques de colons, et n’a pas pu regagner son logement. « Plus de 100 émeutiers israéliens » se trouvaient dans le secteur de Jaloud dans la nuit, a déclaré dans un communiqué l’armée israélienne, qui est intervenue, avec la police des frontières, pour les disperser.
Blocage et incendies
Les colons ont bloqué des routes, incendié des pneus et jeté des pierres sur les forces de sécurité, tout en mettant le feu à des bâtiments et des véhicules palestiniens dans le village, précise l’armée. « A la suite des affrontements, trois agents de la police aux frontières israélienne ont été légèrement blessés et un véhicule des forces de sécurité a été endommagé », a-t-elle ajouté, précisant qu’un suspect et deux mineurs avaient été interpellés.
« Ma femme, mon fils et moi-même nous sommes rendus en voiture jusqu’à notre maison, encadrés par deux véhicules de l’armée », a témoigné auprès de l’Agence France-Presse (AFP) Mahmoud Al-Toubasi, membre de la famille escortée par l’armée. « Nous n’avons pas été blessés physiquement mais nous avons souffert des gaz » lacrymogènes lancés par les forces de sécurité, a-t-il ajouté, en précisant que leur maison était occupée par des colons depuis leur départ.
Israël occupe depuis 1967 ce territoire, où 500 000 colons israéliens vivent aujourd’hui parmi quelque 3 millions de Palestiniens. Les violences s’y multiplient depuis le début de la guerre à Gaza, en octobre 2023.
Benyamin Nétanyahou a condamné l’attaque, blâmant un « petit groupe d’émeutiers ». Leur comportement « cause un grand tort à cette communauté et entrave nos forces dans l’accomplissement de leur mission », a-t-il ajouté. Le président israélien, Isaac Herzog, a dénoncé une « atteinte à l’Etat de droit et à nos valeurs les plus fondamentales en tant que peuple et nation ». De telles condamnations formulées par les plus hauts dirigeants du pays sont rares s’agissant d’agressions ciblant des Palestiniens.
Multiplication des violences
Au cours du premier semestre de 2026, des colons israéliens en Cisjordanie ont été impliqués dans une moyenne de six incidents par jour affectant des Palestiniens ou leurs biens, selon les Nations unies. Mardi également, des dizaines de colons ont déferlé dans le village palestinien d’Al-Moughaïr, près de Ramallah. Au moins cinq véhicules y ont été incendiés, a constaté un journaliste de l’AFP.
Récemment, des Palestiniens ont également perpétré des attaques contre des Israéliens en Cisjordanie. Le 20 septembre, un colon a été abattu par un Palestinien, et un militaire, fils de l’ambassadeur d’Israël à Washington, a été grièvement blessé lors d’une attaque la semaine dernière.
Selon un décompte de l’AFP fondé sur les données du ministère de la santé palestinien, l’armée et des colons ont tué depuis le 7 octobre 2023 plus de 1 100 Palestiniens, combattants ou civils, en Cisjordanie. D’après les chiffres israéliens, sur la même période et dans la même région, près de 50 Israéliens – civils et membres des forces de sécurité – ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d’opérations militaires israéliennes.