Plus personne ne croit à la disparition du mouvement de protestation lycéen. Avec 266 000 manifestants selon le gouvernement, 56 000 manifestants à Paris et 891 lycées perturbés, la mobilisation de la jeunesse française a, mardi 6 octobre, démontré qu’elle entend durer.
Point fort de ces cortèges, les étudiants et les enseignants sont en train de monter à bord, pour joindre leurs voix à celles des plus jeunes. La fameuse “convergence des luttes” commence à se dessiner alors que la présidence d’Emmanuel Macron s’achève dans sept mois, avec l’élection présidentielle d’avril-mai 2027. Une date est dans la ligne de mire, le 17 octobre. Ce jour-là, juste avant le début des vacances scolaires, un appel au blocage total a été lancé et, en plus de la mobilisation lycéenne, des collectifs prônent le retour des “gilets jaunes” de l’hiver 2018-2019.
Le plus probable est dès lors que le gouvernement français va céder. Certes, l’équation budgétaire ne lui permet pas de faire des chèques ou de formuler des promesses financières. Le projet de budget présenté la semaine dernière par le Premier ministre prévoit 54 milliards d’euros d’économies et un budget stable pour l’Éducation nationale (environ 60 milliards). Même le Rassemblement national (RN, droite nationale populiste), favori pour la présidentielle, envisage des coupes dans les dépenses publiques. Sa candidate, Marine Le Pen, a présenté son plan de 140 milliards d’euros d’économies en cinq ans alors que les cortèges de protestataires s’ébranlaient dans les principales villes de France. Difficile, dès lors, d’imaginer un grand plan pour l’enseignement scolaire.
Même si la proposition d’un “temps de démocratie interne” dans les lycées faite mardi par le Premier ministre ne retient guère l’attention, au moins deux sujets, en revanche, peuvent être rapidement mis sur la table par le ministre de l’Éducation nationale, haut fonctionnaire de ce ministère avant d’en prendre la direction. Le premier est celui des bâtiments, souvent dégradés, dont l’entretien revient aux régions. Dans une lettre adressée aux ministres, aux préfets et aux élus régionaux, le chef du gouvernement leur a demandé des propositions concrètes de réponse d’ici au 16 octobre, pile avant les prochaines manifestations.
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Je m’abonneMot d’ordre de mobilisation générale
Les lycéens ont aussitôt répondu par un mot d’ordre de mobilisation générale. Il est probable que, d’ici là, des centaines d’établissements resteront bloqués. Avec, toujours, un risque d’affrontements lorsque des casseurs s’en mêlent. Quatre cent quatre-vingt-huit interpellations ont eu lieu mardi et 43 policiers et gendarmes ont été blessés. Au total, plus de 5 000 jeunes manifestants ou casseurs ont été appréhendés depuis le début du mouvement.
Le second sujet est le logiciel d’accès à l’enseignement supérieur Parcoursup, une plateforme d’accès contestée à la fois par les lycéens et leurs parents, tant elle est compliquée à utiliser. Sa remise en cause est attendue, et peut-être sa refonte. Il est peu probable, en revanche, que les choses changent sur le fond. L’enseignement supérieur en France est devenu plus sélectif. Les meilleures universités font le tri dans les candidatures. Or le programme d’enseignement général français amène trop de jeunes au baccalauréat sans perspectives. La question de l’adéquation entre le marché du travail et l’école reste d’autant plus posée que l’insistance sur l’apprentissage, à l’honneur durant les dix ans de présidence Macron, est en train d’être abandonnée, faute de budgets.
Sur le plan de la mobilisation, l’essoufflement espéré par les autorités n’est pas du tout en vue. Au contraire. Ce mardi, le mouvement initialement lycéen est en train d’agréger les étudiants et les enseignants. Lesquels sont au centre du jeu, au vu des réclamations des jeunes sur leur absentéisme, sur les emplois du temps mal ficelés et sur le manque de profs dans certains lycées.
L’autre point à retenir est la solidarité intergénérationnelle, manifestée par la présence de nombreux parents dans les cortèges. Dix-huit universités étaient bloquées mardi, sur 30 sites, notamment à Strasbourg, Reims, Caen, Paris, Bordeaux et Aix-en-Provence. Une plateforme commune de “dix mesures d’urgence” est mise en avant par les protestataires. Ils réclament un plan d’investissement pour les bâtiments scolaires et universitaires, davantage de personnels de santé et d’orientation, une réforme des rythmes scolaires et universitaires et 150 000 places supplémentaires dans l’enseignement supérieur, accompagnées de la suppression de la sélection à l’entrée de l’université et en master.
Sur ce dernier point, il est très peu probable qu’ils obtiennent gain de cause. Mais plus il attend avant de répondre de façon concrète, plus l’actuel gouvernement, dépourvu de majorité, risque de se retrouver le dos au mur avec une jeunesse en colère dans la rue.
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