“Les gros mènent un combat perdu d’avance. Quoi que nous fassions, nous serons toujours jugés. Et j’en ai ras le bol !” Publié fin août dans The Guardian et traduit sur notre site, c’est ce coup de gueule contre la grossophobie ambiante signé Rebecca Shaw – et plus subtil au demeurant que cette seule citation –, qui nous a poussés à envisager de consacrer un dossier au sujet il y a quelques semaines déjà.

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Il faut dire que la tribune de l’autrice australienne a trouvé un large écho dans la presse étrangère qui, depuis, multiplie les articles sur une question qui traduit une dérive inquiétante de notre société, explique en Suisse l’hebdomadaire Die Wochenzeitung. “Dans les années 2010, écrit Alice Galizia, les revendications du mouvement du ‘body positivisme’, qui plonge ses racines dans les luttes militantes apparues dès les années 1960 en faveur de l’acceptation des rondeurs, ont peu à peu fait tache d’huile.” On en est loin aujourd’hui, où le culte de la minceur est de retour et, avec lui, une stigmatisation des personnes en surpoids très nettement mâtinée de racisme et de misogynie, s’insurge encore Die Wochenzeitung.

Rebecca Shaw, qui dénonce une injonction à maigrir, et à maigrir selon les canons d’une morale douteuse, ne dit pas autre chose : “La société passe son temps à nous harceler et à nous torturer au sujet de notre poids. Nous devons maigrir, à n’importe quel prix. C’est une idée fixe. Si vous êtes gros, c’est votre faute : vous êtes forcément flemmard et vous mangez n’importe quoi.” Or la question est beaucoup plus complexe. C’est ce qu’explique notre dossier. Les corps et les corpulences sont différents ; aujourd’hui, les scientifiques s’accordent pour dire que l’IMC (indice de masse corporelle) n’est plus un indicateur suffisant. Toutes les personnes obèses ne sont pas malades de leur surpoids : certaines d’entre elles, en bonne forme, ne présentent pas de pathologies.

Pourtant, préjugés et discriminations persistent partout, du monde du travail au cercle intime (relations amicales, vie de couple). Nous sommes entrés dans “l’ère de l’Ozempic”, et si c’est une bonne nouvelle par certains aspects – “Ozempic, Wegovy, Mounjaro et autres traitements ont aidé des millions de personnes à perdre du poids et ont fait évoluer les discours sur le sujet” –, des zones d’ombre demeurent, avance El País. Le quotidien espagnol s’inquiète notamment des conséquences sociales de l’engouement pour les médicaments à base d’analogue du GLP-1. Car c’est tout notre rapport à la nourriture qui est remis en question. Le marché, surtout, est colossal, avec d’un côté des groupes agroalimentaires nous incitant à consommer des produits transformés qui nous font prendre du poids, et, de l’autre, des industriels qui nous vendent des produits pour maigrir. C’est à n’y rien comprendre si ce n’est que, du supermarché à la pharmacie, il s’agit bien d’une affaire de gros sous.

Dans ce numéro, bouclé mardi 6 octobre, jour de la grande mobilisation lycéenne, nous revenons aussi évidemment sur la colère sociale qui monte en France et pourrait s’étendre encore. La presse étrangère suit de très près les événements alors que la campagne présidentielle commence tout juste. L’ampleur de la mobilisation, le retard à l’allumage du gouvernement, qui a semblé très vite dépassé, la riposte policière, les violences, la réponse de l’État sont passés au crible.

Dans la presse italienne, le média de gauche Domani met en cause la responsabilité d’Emmanuel Macron dans la crise actuelle, quand le quotidien américain (de gauche lui aussi) The Nation dénonce le manque de moyens criants du système éducatif français. Un constat que partage en Allemagne la Frankfurter Allgemeine Zeitung (conservateur). “Cette situation accablante, c’est à l’État qu’on la doit. Ce n’est pas un hasard si les manifestations ont commencé dans les quartiers sensibles à forte communauté immigrée, là où le manque d’enseignants et la vétusté des établissements sont les plus criants.” Des événements à suivre tous les jours sur notre site et sur lesquels nous reviendrons très largement la semaine prochaine dans le magazine.

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