Marie-Gabrielle Bertran, 35 ans, est chercheuse postdoctorante au Centre interdisciplinaire sur les enjeux stratégiques de l’Ecole normale supérieure (ENS), à Paris, et chercheuse associée au projet Géopolitique de la datasphère (GEODE) de l’université Paris-VIII Vincennes - Saint-Denis. Ses travaux portent, notamment, sur le continuum entre cybersécurité et cyberdéfense au prisme des manœuvres cyber de la Russie. Elle participera à La Nuit des données Festival sciences et lettres, organisée le 25 septembre par l’ENS, à Paris.
Peut-on encore considérer que les vols massifs de données, qui se sont accélérés ces derniers mois, relèvent seulement d’enjeux de sécurité numérique ? N’est-ce pas désormais aussi un enjeu de défense nationale ?
Les deux dimensions se croisent. Même si de nombreuses attaques contre nos administrations [France Travail, l’éducation nationale ou encore la direction générale des finances publiques (DGFiP)] sont menées par des cybercriminels indépendants – parfois de très jeunes Français –, les informations dérobées acquièrent rapidement une valeur hautement stratégique. C’est particulièrement vrai lorsqu’il s’agit des données personnelles d’agents de l’Etat, de membres des forces armées ou des services de défense. Pour une puissance étrangère hostile, ces bases de données personnelles ne sont pas de simples fichiers informatiques : elles deviennent des outils d’influence, de ciblage et d’espionnage. A ce titre, ces actes de piratage menacent directement notre sécurité nationale.
Est-on en mesure d’identifier les vrais acteurs derrière ces opérations ? Peut-on considérer qu’il s’agit en réalité d’une manœuvre plus large, et si oui, laquelle ?
L’attribution reste délicate dans l’espace numérique. Nous observons une grande diversité d’acteurs. D’un côté, il y a des initiatives individuelles, parfois avec de très jeunes hackeurs. Le piratage de la DGFiP, par exemple, a été revendiqué par ZeroBytes, qui se présente comme un duo de pirates français, probablement jeunes. De même, l’attaque contre l’Agence nationale des titres sécurisés, qui permet à l’Etat de fournir les passeports, les certificats d’immatriculation ou encore les titres de séjour, a été perpétrée par un adolescent de 15 ans se faisant appeler « breach3d ». Pour eux, l’intérêt est purement financier ou réputationnel.
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