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D’un processus électoral à l’autre, la saga continue (44)

D’un processus électoral à l’autre, la saga continue (44) Haiti Liberte Le lundi 23 mars 2026, nouvelle rencontre du chef du gouvernement, Alix Didier Fils-Aimé, avec les acteurs impliqués dans la réalisation des élections. Ils étaient nombreux, en effet, autour du patron de la Primature

D’un processus électoral à l’autre, la saga continue (44)
HaitiCreoleRadio.com
Au centre figure Kathia Verdier, ministre chargée des Haïtiens vivant à l'étranger (MHAVE) ; son travail s'inscrit dans une démarche visant à intégrer la diaspora haïtienne aux processus électoraux.

Le lundi 23 mars 2026, nouvelle rencontre du chef du gouvernement, Alix Didier Fils-Aimé, avec les acteurs impliqués dans la réalisation des élections.

Ils étaient nombreux, en effet, autour du patron de la Primature pour cette réunion au sommet : des Conseillers électoraux, des membres du gouvernement, des responsables du Bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS), des responsables du Programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD), des représentants de l’Organisation des États Américains (OEA) ainsi que le Représentant à Port-au-Prince du Secrétaire général de l’ONU, Carlos Ruiz Massieu, à la fois chef du Bureau Intégré des Nations-Unies en Haïti (BINUH).

A la fin de cette rencontre, le bureau du Premier ministre a émis un communiqué dans lequel les autorités haïtiennes se sont réjouies de cette réunion durant laquelle, selon elles, un « Task Force » a été mis en place pour réaliser des élections inclusives. Selon le communiqué : « Cette rencontre témoigne de la ferme détermination des autorités nationales à conduire le pays vers la tenue d’élections libres, inclusives, crédibles et transparentes. S’inscrivant dans le cadre des travaux de la Task Force nationale sur les élections, le Premier ministre a salué l’engagement constant de la Communauté internationale aux côtés de l’État haïtien, tout en réaffirmant la priorité accordée au rétablissement de l’ordre constitutionnel.» 

Ce même 23 mars, alors que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé recevait autour de lui les acteurs internationaux du processus électoral, parallèlement, au siège de l’organisme électoral à Pétion-Ville, la ministre des Haïtiens Vivant à l’Étranger (MHAVE), J.E. Kathia Verdier, présidait une importante réunion mobilisant un certain nombre d’acteurs publics sur la question électorale comme l’Office National d’Identification (ONI). Elle voulait faire entendre la voix des ressortissants haïtiens de l’extérieur dans le dispositif du CEP bien que l’organisme électoral avait déjà pris des initiatives pour intégrer, voire permettre à une partie de la diaspora de voter le moment venu. D’après la ministre Kathia Verdier, cette rencontre avec plusieurs institutions de l’État témoigne de la volonté politique d’inscrire la diaspora dans la réflexion stratégique autour de la gouvernance démocratique.

le bras de fer se poursuivait en coulisse entre la Primature et le CEP sur la modification du décret, le Pacte et le budget.

S’exprimant en marge de la réunion au CEP, celle qui parlait au nom de toute la diaspora d’Haïti à travers le monde déclarait : « Que cette dynamique constituait un jalon politique majeur dans l’effort de modernisation de l’État et de consolidation de la légitimité démocratique. Elle témoigne d’une reconnaissance accrue du rôle stratégique de la diaspora dans la définition des grandes orientations nationales, tout en appelant à une approche méthodique, rigoureuse et inclusive. » Comme il était prévu, le jeudi 26 mars 2026, le Conseil Électoral Provisoire, publiait une première liste des partis politiques agréés pour leur participation aux scrutins annoncés pour l’année 2026. Sur les 320 inscrits durant le processus d’enregistrement, 282 avaient été admis à concourir. Les 38 non retenus avaient encore la chance de se faire repécher. En effet, le CEP leur avait donné jusqu’au jeudi 2 avril 2026 pour compléter leur dossier.

Plusieurs raisons expliquaient pourquoi ils étaient recalés « pran kanè », comme disent les haïtiens. Certains, parce qu’ils ne sont pas enregistrés au ministère de la Justice comme le prévoit la loi haïtienne, d’autres parce qu’ils ne pouvaient pas présenter un acte notarial justifiant que leurs chefs sont autorisés à les inscrire. C’est un communiqué en date du 26 mars 2026 qui annonçait la nouvelle : « Le Conseil électoral provisoire (CEP), conformément à l’article 144 du Décret électoral du 1erdécembre 2025 et au calendrier électoral en cours d’exécution, publie la liste des partis politiques habilités à participer aux prochaines compétitions électorales. Sur les trois-cent-vingt (320) partis politiques inscrits, deux-cent-quatre-vingt-deux (282) ont été agréés par le CEP. La liste des partis agrées est affichée sur le site internet : www.cephaiti.ht et les pages officielles du CEP sur Facebook et X. »

Parmi les partis et organisations politiques ayant obtenu leur ticket d’entrée, figurent plusieurs formations traditionnelles, dont Fanmi Lavalas de Maryse Nacisse/Jean-Bertrand Aristide, OPL d’Edgard Leblanc Fils, Pitit Dessalines de Jean-Charles Moïse. En revanche, le PHTK, parti fondé par l’ancien Président et musicien Michel Joseph Martelly, qui a conduit à l’élection de son dauphin Jovenel Moïse en 2017 ne s’est pas inscrit. Une absence qui a suscité beaucoup de commentaires dans le paysage politique. Par ailleurs, ce même 26 mars, le Secrétaire d’État à la Communication du gouvernement, Patrick Chrispin, s’aventurait sur les ondes de radio Magik9 en déclarant que le gouvernement évolue en dehors de la Constitution.

En risquant cette sortie, ce membre du Cabinet ministériel de Alix Didier Fils-Aimé a tenté de s’expliquer tout de même pour ne pas être en porte-à-faux avec son propre gouvernement. « Nous avons un Exécutif monocéphale, ce qui n’était pas prévu par la Constitution. Nous sommes en situation « d’exception politique ». Cela signifie que nous ne sommes pas forcément attachés à la Constitution. Le gouvernement s’efforce néanmoins d’harmoniser la loi et les réalités dans ce contexte particulier. Aucun article de la Constitution n’est officiellement suspendu, y compris celui interdisant l’organisation d’un référendum constitutionnel. Aucune déclaration formelle n’a été adoptée pour acter une mise en veille, partielle ou totale de la Constitution et qu’aucune communication officielle en ce sens n’est prévue pour l’instant. Il revient au Conseil électoral provisoire de faire des études pour voir comment harmoniser ces deux opérations suivant le calendrier électoral déjà établi » avait précisé Patrick Chrispin, le Secrétaire d’État à la Communication sur Magik9.

Le vendredi 27 mars, grand bruit dans la capitale, la nouvelle a fuité. Les médias ont annoncé que les Conseillers électoraux ont préparé un budget de plus de 200 millions de dollars américains, 250 millions exactement, pour réaliser les élections générales.

Rencontre entre les membres du CEP et le Représentant à Port-au-Prince du Secrétaire général de l’ONU, Carlos Ruiz Massieu

Pendant que la nouvelle fait le tour de Port-au-Prince, certains journalistes et observateurs politiques ont cherché à avoir la confirmation de ce chiffre faramineux. On a appris, en effet, par une source du journal Le Nouvelliste que le chiffre est exact. Mais, le budget dans sa globalité est contesté par le gouvernement qui parlait de voir ce montant à la baisse. Les deux parties se sont entendus pour discuter et trouver un compromis.

« Il semble que le gouvernement cherche un équilibre par rapport à ce budget présenté par le CEP. Il y a un arbitrage qui est en cours entre le CEP et la Primature autour du budget. Le budget de départ tournait autour de 230, 240 millions de dollars. L’arbitrage va revoir ce budget à la baisse. Ce n’est pas un Conseil électoral permanent. C’est un Conseil provisoire qui doit mettre en place une infrastructure et régler les arriérés. Même si le budget paraît élevé, il y a eu des dépenses du passé et toute une infrastructure électorale qu’il faut remettre en place notamment des maisons, ainsi que les équipements. Le CEP fait face à de nombreux défis logistiques et opérationnels : réhabilitation des locaux, acquisition d’équipements, formation du personnel, ainsi que des contraintes liées aux déplacements. Un avion a été mis à disposition du CEP, l’avion a eu des problèmes. »

Si l’on devait rester à ces chiffres qui donnent le tournis, ces élections coûteraient deux fois plus cher que celles organisées sous la présidence de Jocelerme Privert qui n’ont coûté que 100 millions de dollars tirés du Trésor public haïtien, donc sans aucune aide financière de la Communauté internationale, rappelons-le, qui était hostile à ce scrutin.

Compte tenu de la modification du décret électoral et du mandat des Conseillers électoraux par le Conseil des ministres, le CEP a dû reporter l’inscription des électeurs qui aurait dû commencer le 3 avril 2026. C’est Jacques Desrosiers, le Président du Conseil électoral, qui en a fait l’annonce le mercredi 1er avril à la presse au moment où l’institution procédait à une simulation d’enregistrement d’électeurs au Lycée national de Pétion-Ville. Selon celui-ci, c’est à la demande du gouvernement que cette décision a été prise afin d’harmoniser le calendrier et le décret électoral avec le nouveau Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections.

Devant l’affluence inattendue : Président du CEP, Conseillers électoraux, Agents de registres électoraux, tous équipés de tablettes numériques, le nombre de matériels transportés sur place, dans un premier temps, certains observateurs avaient cru que c’est l’enregistrement proprement dit qui prenait de l’avance sur l’agenda. En effet, avec plusieurs machines destinées à être utilisées et un nombre impressionnant de personnel qui s’activaient dans tous les sens sans compter des figurants, cette activité donnait l’impression que l’opération venait de démarrer.   Finalement, dans sa brève rencontre avec les journalistes et les observateurs politiques au Lycée national de Pétion-Ville, anciennement Lycée François Duvalier, en marge de cette opération ce 1er avril, Jacques Desrosiers précisait qu’il ne s’agissait pas de l’enregistrement officiel mais seulement d’un test pour vérifier la fiabilité des machines.

« Nous voulons tester la machine pour voir comment elle fonctionne. Cependant, l’inscription des électeurs a été reportée. Le CEP travaille actuellement à une révision du calendrier ainsi que du décret électoral. Nous travaillons à harmoniser le décret avec les dispositions du Pacte, après quoi nous lancerons les inscriptions des électeurs. L’inscription des électeurs permettra d’épurer le processus électoral, afin que les personnes inscrites correspondent réellement à celles qui seront comptabilisées comme électeurs » avançait le Président du CEP.

Entretemps, le bras de fer se poursuivait en coulisse entre la Primature et le CEP sur la modification du décret, le Pacte et le budget. Le mercredi 8 avril 2026, dans une note de presse, le Conseil électoral avait confirmé le report officiel des opérations d’inscription des électeurs et d’enregistrement des candidats comme annoncé. Selon la note : « Cette décision fait suite à la publication, le 24 mars 2026, d’un arrêté pris en Conseil des ministres, modifiant l’article 3 de l’arrêté du 18 septembre 2024 relatif à la nomination et au mandat des membres du CEP. Ce nouvel acte administratif enjoint l’institution électorale à prendre toutes les dispositions nécessaires pour l’application des articles 12 et 14 du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections. La décision prise en Conseil des ministres vient complexifier davantage le processus.  

En effet, le pouvoir exécutif a procédé à une modification du mandat du CEP impliquant désormais l’attente de propositions d’articles avant l’engagement de certaines étapes clés du processus électoral. Une évolution qui suscite des interrogations quant à la cohérence et la synchronisation des actions entre les différentes instances impliquées. » Le jeudi 9 avril 2026, nous avons appris qu’il s’est tenu une rencontre à la Primature avec les principaux concernés par cette mini crise interne. Figuraient à cette réunion autour du Premier ministre Alix Didié Fils-Aimé, des membres du CEP, du gouvernement, notamment le ministre de la justice et de la Sécurité Publique, Patrice Pélissier, et des acteurs influents du Pacte national. Selon des témoins, la discussion a été houleuse entre le chef du gouvernement et le Président de l’institution électorale surtout sur le décret, le budget et le changement de cap du dirigeant de la Villa d’Accueil. Selon le journal Le Nouvelliste, deux membres du CEP qui ont assisté à cette rencontre indiquaient que : « Le Premier ministre nous a fait savoir qu’il s’agit de changements mineurs qui concernent les Cartels municipaux qui devront avoir un membre au lieu de trois ; une seule durée de mandat pour les sénateurs. » 

Tandis que l’autre confirme ce qui était un secret de polichinelle pour la République s’agissant de la date des élections. Convenue au préalable pour le 30 août 2026 par les autorités tout au début du processus, au fur et à mesure que la date s’approchait, la population constatait, impuissante, que les autorités s’éloignaient dangereusement de cette date fixée sous l’administration du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). En effet, la première source du quotidien devait affirmer que : « Au moment où je vous parle, la date du 30 août ne tient plus et nous n’avons pas encore planifié une nouvelle date pour les élections. » Une déclaration confirmée par la suite par Jacques Desrosiers en personne en tant que Président du CEP quand il déclara dans la presse que : « Pour l’heure, il n’y a pas de date connue pour l’organisation des élections. Nous travaillons d’abord sur l’harmonisation du décret électoral avec le Pacte national pour la stabilité avant de travailler sur le calendrier électoral.» 

C’est la première fois depuis le début du processus et de manière officieuse, que des membres du CEP mettaient en doute cette date, pourtant celle de référence, pour organiser les scrutins. En réalité, tous les observateurs politiques attendaient la déclaration officielle du Collège électoral suite à cette rencontre qui a mobilisé plein de gens de premier plan sur la question. Finalement, c’est dans la soirée du jeudi 9 avril que le pays en a été informé par le biais d’un communiqué signé du Conseil électoral.

« Le CEP a informé qu’une journée de travail a eu lieu, le jeudi 9 avril 2026 à la Villa d’Accueil, entre le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et les membres du Conseil électoral provisoire (CEP). Le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Me Patrick Pélissier, et des conseillers du Chef du Gouvernement ont également pris part à cette séance. Au cours de cette journée de travail, les échanges ont porté sur l’harmonisation du Décret électoral du 1er décembre 2025, au Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, le budget électoral ainsi que le calendrier. Au terme de la séance, la Primature et le CEP se sont engagés à poursuivre les discussions en vue de créer les conditions nécessaires à la poursuite du processus électoral

De son côté, le bureau du Premier ministre qui n’a pas voulu laisser les dirigeants du CEP communiquer seuls avec les acteurs politiques et la population a lui aussi envoyé un communiqué à la presse pour informer de la rencontre qui a eu lieu avec le Conseil électoral. Selon ce bref communiqué de la Primature, le pays a appris qu’au : « Terme des échanges, une convergence claire s’est dégagée : le gouvernement et le CEP s’alignent sur une même priorité, celle d’organiser, dans les meilleurs délais, des élections démocratiques, inclusives et crédibles, dans des conditions garantissant la transparence, la sécurité et la participation de tous les citoyens. » 

(À suivre)

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