Bien sûr, en Russie, Minotaure ne sera pas projeté en salle. Mais, rapidement, circuleront des versions piratées. « Andreï Zviaguintsev le sait et l’espère ! Dès le début, il a fait ce film, histoire russe sur un terreau russe, avec l’idée qu’il sera vu dans son pays. Et dans l’espoir que, même minime, il aura un impact en Russie », explique Joël Chapron, expert français du cinéma russe et proche du cinéaste exilé. Depuis que la France a choisi Minotaure pour la représenter aux Oscars, Andreï Zviaguintsev figure sur la liste des « agents de l’étranger » à Moscou. « Cela ajoute un risque pour ceux qui, en Russie, diffuseront et regarderont le film », prévient Joël Chapron.
Des distributeurs russes pourraient tenter d’acheter les droits de Minotaure. Mais ils savent qu’ils n’obtiendront pas le visa d’exploitation, sésame pour la diffusion légale. C’est l’un des moyens de la censure du Kremlin « pour ramener les spectateurs, notamment les jeunes, vers le cinéma russe censé promouvoir les bonnes valeurs civilisationnelles », rappelle Joël Chapron. En salle, les films étrangers sont certes nombreux : en 2025, selon les statistiques rassemblées par cet expert, 626 nouveaux longs-métrages sont arrivés sur les écrans, dont 204 russes (un tiers) et 422 étrangers (deux tiers) issus de 43 pays. Parmi eux : 150 européens, 140 nord-américains, 102 asiatiques. Mais sur ces 422 films, 346 ont été interdits aux moins de 16-18 ans – soit 82 % du total.
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