Raconter quelqu’un, dans un journal, c’est raconter le monde. Inconnu ou célébrité, personnalité politique ou figure intellectuelle, pop star ou sportif de premier plan... A l’occasion des 15 ans de M Le magazine du Monde, retrouvez des portraits inédits ou déjà publiés.
C’est étrange de prendre des notes subitement. Nous nous parlons depuis si longtemps, plus de dix ans. Il suffit, le samedi, de pousser la porte de sa boutique, Marketplace Antiques Gallery, sur Gratiot Avenue, à Detroit. Marvin Nash est assis dans un fauteuil ancien qui n’est plus à vendre. Un œil sur le catalogue de la salle des ventes, il raconte ce qui lui passe par la tête, les derniers achats de son plus fidèle client, « the rich guy » (« le gars riche »), venu tôt dans la matinée, une trouvaille à l’Armée du salut ou ce que devient la ville tout autour et forcément ce que devient l’Amérique ces dernières années. « Qu’est-ce qu’ils doivent dire de nous dans le reste du monde ? »
Parfois, un souvenir fuse, mais c’est comme s’il lui avait échappé. Marvin Nash parle peu de lui. Et quand ça vient, un grand rire enrobe le tout, comme pour l’effacer aussitôt, pour dire que le bonheur ou le malheur, de toute façon, ça ne se raconte pas.
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