L’Union européenne (UE) fait le choix de la fermeté à propos du déséquilibre de ses relations commerciales avec la Chine. Lors d’une visite à Pékin, jeudi 8 et vendredi 9 octobre, le commissaire européen au commerce, Maros Sefcovic, a tenté de convaincre ses interlocuteurs de la détermination des Vingt-Sept à agir face à un déficit commercial de 360 milliards d’euros par an, devenu « insoutenable ».
Imaginer que ce changement de ton soit suffisant pour infléchir radicalement les positions chinoises serait naïf. Pour Pékin, réduire ses surcapacités et freiner ses exportations reviendrait à fragiliser un modèle qui est une condition de la stabilité du régime. Rien ne laisse présager qu’il soit prêt à le modifier en profondeur, tout au plus peut-il consentir à des ajustements.
De son côté, Bruxelles ne peut plus se contenter de dresser la liste de ses griefs sans réagir. Pendant des années, les Européens, partisans du libre-échange et du multilatéralisme, ont cherché à éviter la confrontation. Le rapport de force devient désormais une hypothèse assumée.
L’Allemagne, davantage soucieuse de préserver ses intérêts commerciaux en Chine, était jusque-là réticente. Il y a deux ans, Berlin s’opposait encore à l’instauration de droits de douane européens sur les voitures électriques chinoises, par crainte de représailles. Mais le chancelier allemand, Friedrich Merz, vient d’opérer un changement de cap. Dans une lettre datée du 5 octobre, cosignée avec Emmanuel Macron, il demande à la Commission de se doter de nouveaux outils, notamment un instrument permettant d’exclure du marché européen un pays tiers qui fausse la concurrence.
Ce retournement allemand dit quelque chose de la gravité de la situation. Le risque n’est plus seulement, pour les industriels européens, de perdre des débouchés en Chine. Désormais, le déferlement des exportations chinoises est en train de déstabiliser le marché intérieur et les capacités de production européenne, tandis que les dépendances s’accumulent dans des secteurs stratégiques.
Dans cette confrontation, l’UE a des arguments à faire valoir. Son marché de 450 millions de consommateurs est plus que jamais indispensable aux entreprises chinoises pour écouler leurs produits. Le pays croule sous les surcapacités industrielles, tandis que le marché américain s’est refermé. Ce levier peut se révéler efficace à condition que Pékin soit convaincu que l’UE est prête à passer à l’acte. Jusqu’à présent, les hésitations de l’Europe ont entamé sa crédibilité. Il est vital de la rétablir.
L’instauration de ce rapport de force ne sera pas sans conséquence pour l’UE. La Chine dispose de puissants moyens de rétorsion. Les restrictions sur les terres rares imposées en 2025 ont montré la vulnérabilité des industries européennes face à certaines dépendances. Des secteurs entiers peuvent souffrir, certains Etats membres ont davantage à perdre que d’autres. Les dirigeants européens doivent préparer leurs opinions publiques à l’idée que la fermeté a un prix.
Ce message ne sera audible qu’à la condition de convaincre que l’inaction n’est plus une option, car elle engagerait l’UE sur une pente dangereuse : une dépendance industrielle et technologique qui réduit progressivement la liberté de décision européenne. C’est tout l’enjeu du Conseil européen des 16 et 17 octobre, qui devra donner à la Commission les moyens d’une riposte proportionnée, ciblée et crédible, tout en évitant une escalade dans laquelle les deux partenaires ont beaucoup à perdre.