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Écoutes téléphoniques : Etzer Emile face aux leçons de l’histoire

La déclaration d’Etzer Emile sur la mise sur écoute des « personnes importantes » soulève un débat qui dépasse largement la question de la sécurité nationale. En se disant prêt à sacrifier une partie de sa liberté personnelle pour vivre en sécurité, l’économiste et potentiel candi

Écoutes téléphoniques : Etzer Emile face aux leçons de l’histoire
HaitiCreoleRadio.com

La déclaration d’Etzer Emile sur la mise sur écoute des « personnes importantes » soulève un débat qui dépasse largement la question de la sécurité nationale. En se disant prêt à sacrifier une partie de sa liberté personnelle pour vivre en sécurité, l’économiste et potentiel candidat à la présidence prend une position qui mérite un examen critique, notamment à la lumière des dérives historiques liées à la surveillance politique.

Le problème n’est pas de nier l’utilité des services de renseignement dans la lutte contre la criminalité organisée. Il réside dans les garanties qui doivent encadrer leurs pouvoirs. L’affaire du Watergate aux États-Unis rappelle précisément que les mécanismes de surveillance peuvent être détournés à des fins politiques, y compris au plus haut niveau de l’État. Ignorer cette leçon, c’est prendre le risque de considérer les abus institutionnels comme un simple coût de la sécurité.

La France offre également un autre exemple des dangers liés aux écoutes dans la sphère politique. L’affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy, révélée en 2014, a suscité d’importantes controverses sur les rapports entre justice, pouvoir et confidentialité des communications.

L’affaire des écoutes de l’Élysée sous François Mitterrand constitue d’ailleurs un précédent français directement pertinent, des journalistes et d’autres personnalités avaient été surveillés illégalement. Ces épisodes démontrent que le danger ne vient pas uniquement de l’existence des services de renseignement, mais de l’absence de contrôles efficaces.

En Haïti, où les institutions demeurent fragiles, accorder des pouvoirs de surveillance sans préciser les autorisations judiciaires, les limites opérationnelles et les sanctions en cas d’abus serait particulièrement préoccupant. La lutte contre les gangs ne peut pas justifier la banalisation de l’arbitraire.

La sécurité et la liberté ne sont pas deux ennemies qu’il faudrait systématiquement opposer. Elles doivent être garanties simultanément par des institutions responsables. Etzer Emile aurait donc dû saisir cette occasion pour expliquer les garde-fous nécessaires plutôt que de donner l’impression que la liberté individuelle représente une variable sacrifiable.

Un futur prétendant à la magistrature suprême doit comprendre que la sécurité d’un peuple ne se construit pas seulement avec des moyens de surveillance, mais aussi avec la confiance dans les institutions qui les utilisent.

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