Si, à moins d’un an de l’élection présidentielle, vous êtes candidat ou candidat putatif d’un parti plutôt au centre et que vous n’avez pas publié un communiqué pour dénoncer une opération d’ingérence russe vous visant, vous avez visiblement raté quelque chose.
En dix jours, Edouard Philippe, puis Raphaël Glucksmann et, enfin, Gabriel Attal ont, chacun à leur tour, annoncé qu’ils avaient été ciblés par une opération de désinformation russe. Fin juillet, des messages créés par le réseau Storm-1516 diffusaient des insinuations sur la santé d’Edouard Philippe ; c’est ce même réseau, réputé lié au renseignement militaire russe, qui a aussi conçu puis diffusé un deepfake (en français, un hypertrucage) imitant la voix du journaliste Edwy Plenel (fondateur de Mediapart), pour tenter de lancer une rumeur de corruption contre Raphaël Glucksmann. Quant à Gabriel Attal, c’est le réseau de faux comptes surnommé Matriochka qui a été utilisé pour diffuser plusieurs faux grossiers l’attaquant.
Alertés par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), qui supervise notamment Viginum, le service français de lutte contre les campagnes de désinformation étrangères, Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal se sont empressés de dénoncer ces « ingérences ». Avec, vraisemblablement, un double objectif : couper l’herbe sous le pied à des rumeurs avant qu’elles ne se diffusent, mais aussi solidifier leur image sur les sujets internationaux − quoi de mieux pour crédibiliser une candidature que de montrer qu’on dérange en haut lieu à Moscou ?
Mais ce raisonnement pose plusieurs problèmes. D’abord, faire grand cas de ces opérations diffamatoires, c’est faire le jeu des officines russes. Les spécialistes de la désinformation s’en doutaient, et une fuite de documents de la Social Design Agency russe, l’une de ces officines, l’a récemment confirmé : pour les propagandistes, toute publicité est bonne à prendre, à tel point que les décomptes d’impact qu’ils établissent comptabilisent de la même manière un article reprenant un de leurs faux, et un article dénonçant ce même faux.
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