Une trentaine de congressistes de l’aile gauche du Parti démocrate américain, dont Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, ont adressé un courrier au secrétaire d’État américain, Marco Rubio, afin de réclamer que Donald Trump et son administration n’interviennent pas dans les élections brésiliennes, dont le premier tour aura lieu le 4 octobre. La lettre exprime “l’inquiétude des parlementaires face à ce qu’ils qualifient de tentative concertée de l’administration Trump pour faire pression sur les autorités brésiliennes et influencer le climat politique du pays à la veille des élections”, résume Folha de São Paulo.

Qualifiant les États-Unis d’“agent d’ingérence et de déstabilisation”, le courrier demande des explications sur les “pressions diplomatiques, économiques et politiques” exercées ces derniers mois, telles que le classement par Washington des gangs criminels Commando Vermelho et PCC comme “organisations terroristes”, en juin. Une décision perçue comme susceptible d’ouvrir la voie à une intervention militaire des États-Unis sur le sol brésilien, rappelle El País América.

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S’y sont ajoutées des surtaxes douanières, ou encore la suspension, en août, du visa de l’ambassadrice du Brésil aux États-Unis. De son côté, fin juillet, l’administration Lula avait refusé d’accorder des visas à deux fonctionnaires états-uniens, au motif qu’ils projetaient d’interférer dans les élections en mettant en doute la sécurité du scrutin.

“Le Brésil ne fait partie de l’arrière-cour de personne”, a déclaré Lula devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 22 septembre, en référence à la nouvelle “doctrine Donroe” appliquée par Washington, qui prétend faire de l’Amérique latine la chasse gardée des États-Unis, rapporte le site en espagnol du média allemand Deutsche Welle.

Un rapport confidentiel de l’Abin (le service de renseignements brésilien), révélé par Folha de São Paulo, a qualifié de “critique” la possibilité d’une ingérence américaine dans les élections brésiliennes. Et le mercredi 23 septembre, l’équipe de campagne de Lula a déposé une plainte auprès du Tribunal suprême fédéral (STF) et du Tribunal supérieur électoral (TSE) pour que soit ouverte une enquête.

Des précédents en Argentine, au Honduras et en Colombie

Il faut dire que les dernières élections en Amérique latine ont vu Donald Trump intervenir directement pour orienter le vote vers des candidats d’extrême droite, favorables au renforcement de l’alliance avec les États-Unis. Au Honduras, en novembre 2025, il a été jusqu’à menacer les électeurs de ses foudres s’ils ne votaient pas pour Nasry Asfura, le candidat du Parti national du Honduras (PNH, droite). “S’il n’est pas élu, les États-Unis ne gaspilleront pas leur argent [pour le Honduras] ”, avait-il prévenu sur son réseau Truth Social.

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En octobre 2025, le président américain avait déjà conditionné le sauvetage économique de l’Argentine à la victoire du parti de Javier Milei, La Libertad Avanza, aux élections législatives partielles. Et plus récemment, en juin, le locataire de la Maison-Blanche est intervenu dans l’entre-deux tours de l’élection présidentielle en Colombie en donnant son “soutien total et absolu” à Abelardo de la Espriella et en vantant ses mérites.

Alors que Lula et Flávio Bolsonaro sont au coude-à-coude dans les sondages en cas de second tour, les congressistes démocrates appellent aussi l’administration Trump à reconnaître les résultats officiels, quel que soit le candidat choisi par les électeurs. Ils ajoutent que, “compte tenu de l’implication de Washington dans le coup d’État militaire de 1964 et de son soutien à la dictature, les États-Unis ont une responsabilité envers les institutions démocratiques”.