Les manifestants doivent se retrouver, samedi 24 octobre, à Tirana, pour dénoncer les mauvaises conditions d’études, la corruption et exiger la démission du premier ministre, Edi Rama, après une semaine émaillée de violences puis un relatif retour au calme. Etudiants et lycéens ont rejoint la contestation à la mi-octobre, à la faveur de la rentrée, semblant donner un nouvel élan au mouvement en cours depuis plus de cent trente jours.
Un premier rassemblement, organisé par l’opposition, est prévu à la mi-journée dans le centre-ville, puis un second à l’appel d’étudiants devant le ministère de l’éducation, à 14 heures. Des artistes ont également appelé à manifester en fin de matinée.
« Il y a beaucoup de colère », résume Sidorela Vatnikaj, une militante de 27 ans interrogée par l’Agence France-Presse (AFP), vendredi soir, et qui parle d’une « révolution », entamée en mai contre un projet touristique lié au gendre de Donald Trump Jared Kushner. « Ce n’est pas seulement une affaire d’étudiants ou de luttes environnementales, mais aussi une question d’Etat de droit et de justice », explique-t-elle.
Ce projet immobilier dans une zone naturelle protégée a été présenté pour la première fois en 2024, mais, c’est l’apparition, à la fin du mois de mai, de barbelés sur les plages de Zvernec, à 150 kilomètres au sud-ouest de Tirana, qui a tout déclenché.
« Si je participe » à la mobilisation, dit Asim, un étudiant de 20 ans ne souhaitant pas donner son nom de famille, « c’est que rien ne fonctionne réellement » en Albanie, classée au 91e rang par l’organisation Transparency International, qui porte sur 182 pays en 2025. « Ici les gens n’obtiennent pas leurs postes au mérite, ce sont uniquement les connexions gouvernementales qui permettent d’obtenir un bon emploi », déplore-t-il.
Alors que les appels à manifester circulent sur les réseaux sociaux et que les touristes déambulent sur la place centrale de Skanderbeg, certains bâtiments publics de la capitale ont été protégés, volets baissés ou entrées verrouillées derrière de larges tôles.
Du gravier a même été substitué aux pavés sur des trottoirs du centre-ville, où les fils de nombreux feux de signalisation ont été arrachés pour désactiver les caméras de surveillance. Autant de stigmates des violences survenues depuis le 13 octobre, qui ont fait plus de 300 blessés selon les autorités. Des banques et des ministères ont été pris pour cibles et, pour la première fois, les forces de l’ordre ont fait usage de balles en caoutchouc.
Effet d’entraînement
Ce jour-là, des milliers d’étudiants et lycéens ont rejoint la contestation, à la suite d’un appel à la mobilisation nationale lancé trois jours plus tôt.
Il est possible que les mouvements entamés dans d’autres pays d’Europe, en France et en Italie notamment, aient eu « un effet d’entraînement », selon une source proche des services de sécurité, qui estime à « moins de 10 % » le nombre d’éléments violents.
Sans leader identifié, les manifestants réclamaient au départ l’annulation du projet touristique, ainsi que la révision des lois sur les aires protégées et les investissements stratégiques. Puis ont aussi été dénoncés les conditions d’enseignement et le manque de perspective, alors que plus de 1,5 million d’habitants ont quitté le pays depuis la fin du régime communisme, en 1990. L’Albanie compte aujourd’hui 2,3 millions d’habitants.
Pendant des mois, des manifestants ont défilé pacifiquement chaque jour à Tirana, s’arrêtant devant les bureaux du premier ministre, au pouvoir depuis 2013, pour en demander la démission. Cette semaine, les chaises rouges qu’il avait placées sur le parvis du siège du gouvernement comme une invitation au dialogue sont restées vides. Samedi matin, le chef du gouvernement a diffusé une vidéo montrant une table en béton entourée de coussins avec un petit écriteau « dialogue » posé sur chacun.
Le dirigeant socialiste dénonce à présent « une guerre hybride », une violence « orchestrée par des mains entraînées à cet effet et alimentée de l’extérieur, par des acteurs étrangers ». Il a publié une liste d’une quarantaine de personnes, désignées par leurs initiales mais avec leurs photos, qui ont, selon lui, pris part aux violences.
Edi Rama a, par ailleurs, annoncé son intention d’établir un « registre spécifique » des manifestants violents pour éviter qu’ils ne se rendent dans des pays de l’Union européenne.