À Cordoue, il se pratique encore dans certaines familles un rituel de naissance très particulier : les femmes de la maison bercent le bébé derrière la porte d’entrée, à l’abri des regards indiscrets, et coupent délicatement ses premiers ongles tout en lui chantant de douces mélopées flamencas. Après quoi elles apportent les ongles aux proches dans une petite boîte en bois, que la famille remplit de pièces de monnaie pour consacrer l’enfant.

En soi, ce rituel pourrait passer pour une étrange coutume locale, mais certains lui attribuent une signification bien plus profonde. C’est Antonio Manuel, poète, écrivain et professeur de droit de 56 ans, qui m’a fait découvrir cette tradition. Il a passé une bonne part de sa vie à étudier l’empreinte silencieuse que des siècles de domination musulmane ont laissée sur sa ville natale. Des Andalous de tous âges et de tous horizons, curieux de leur propre histoire, se pressent en rangs serrés à ses conférences, qui affichent toujours complet.

Selon lui, d’innombrables traditions andalouses héritées d’Al-Andalus [nom donné aux territoires qui sont restés durant huit siècles, de 711 à 1492, sous domination musulmane] – ont réussi à résister envers et contre tout à cinq cents ans d’effacement.

Des rémanences séculières

Ce Cordouan fier de ses ori