Le 27 juin, le sang de Nancy Tabares s’est glacé quand son fils, Luis, lui a raconté avoir vu un hippopotame lors de la traversée en bateau du fleuve qui le sépare de son école, à Puerto Nare, dans le centre de la Colombie. Elle-même en avait croisé lorsqu’elle était enfant, à 55 kilomètres de là, près de la Hacienda Nápoles, du narcotrafiquant Pablo Escobar, d’où se sont échappés il y a trente ans les premiers spécimens. Considérés comme une espèce envahissante, ils se reproduisent depuis sans contrôle, précise El País América.

Celui de Puerto Nare s’appelle Selmo. Les blessures sur son corps laissent penser qu’il pourrait s’agir d’un mâle expulsé d’un groupe pour avoir tenté de prendre la place du mâle dominant. Il se serait déplacé le long du fleuve Magdalena, qui traverse la Colombie du nord au sud.

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Face au danger qui pèse sur les enfants de Puerto Nare, un juge a ordonné le 8 septembre aux autorités environnementales d’Antioquia de prendre des mesures d’ici à la fin d’octobre. À la fin de septembre, Caracol Radio avait rapporté une décision similaire prise par un juge dans le département de Santander. Les responsables régionaux étaient ainsi pressés de se réunir avec le gouvernement pour tenter de trouver une solution à ce problème persistant.

“Invasion biologique incontrôlée”

Pablo Escobar avait acquis quatre hippopotames pour son zoo personnel dans les années 1980. À sa mort, ils avaient été laissés à eux-mêmes et avaient proliféré. Au rythme actuel, on pourrait en compter un millier en Colombie d’ici à 2050, précise l’édition latino-américaine du journal espagnol. Sans prédateurs naturels, ces énormes mammifères ravagent la faune et la flore et représentent un danger pour les habitants de Puerto Nare.

“C’est très joli vu d’en haut [ou] depuis les voitures. Mais moi, je me déplace en canoë. Et je peux vous assurer que de si près ce n’est pas si joli que ça”, déplore Vanessa Arango, secrétaire du Comité d’action communale. “Ils attendent que quelqu’un meure”, déplore une personne blessée lors d’une rencontre avec un hippopotame. Les autorités ont recensé trois à cinq incidents de ce type impliquant les mammifères dans toute l’histoire de la Colombie. À titre de comparaison, les hippopotames causent près de 500 morts par an sur le continent africain.

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Les gouvernements se heurtent cependant à une véritable levée de boucliers des défenseurs de la cause animale et des entrepreneurs touristiques, lesquels en ont fait une attraction, lorsqu’ils cherchent à régler le problème.

Dans El Espectador, le biologiste Germán Andrade critique cette “éthique à la carte” qui laisse de côté le bien-être des communautés locales, des populations autochtones et des autres espèces animales au profit de cette “invasion biologique incontrôlée”, alors que les stratégies pour les stériliser ou les expulser ont jusque-là échoué.

Dans la dernière ligne droite de son mandat, l’ex-président Gustavo Petro avait mis en place un plan pour euthanasier une partie de ces spécimens. Son successeur, Abelardo de la Espriella, a choisi de créer un sanctuaire.