Après avoir passé les deux premiers mois de son mandat à gérer les suites d’un puissant séisme et à lancer une offensive contre les groupes armés, le président colombien, Abelardo de la Espriella, s’attaque désormais à sa “contre-révolution culturelle”.

Premier acte de cette bataille : le retrait, jeudi 15 octobre 2026, d’une trentaine de pièces du Musée national, à Bogota, accusées de faire l’apologie du terrorisme ou de promouvoir le “relativisme moral”. Le jour même, l’ex-avocat d’ultradroite promettait lors d’une allocution “une lutte ouverte, résolue et patriotique contre le wokisme”, qu’il accuse de miner les fondements moraux de l’Occident, rappelle le journal El Espectador.

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Affiches, photos et objets de l’exposition “Faire société” ont disparu. Ils portaient sur l’accord de paix de 2016 signé avec la guérilla des Farc, sur les luttes féministes et LGBTQI et sur deux candidats à la présidentielle de 1990 assassinés cette année-là : Carlos Pizarro, ex-chef de la guérilla du M-19, dont la démobilisation a ouvert la voie à la Constitution de 1991, et Bernardo Jaramillo, de l’Union patriotique, parti de gauche décimé par les violences politiques.

Des manifestations durement réprimées

Selon la journaliste Ana Bejarano, qui a publié des photos des œuvres retirées dans Cambio, c’est la ministre de la Culture, Paola Holguín, qui a ordonné à son secrétaire général d’indiquer à la directrice par intérim du musée les œuvres à retirer “conformément à l’orientation idéologique du gouvernement”.

La décision a provoqué une levée de boucliers dans les médias progressistes, ainsi que des manifestations qui ont rassemblé des centaines de personnes devant le musée et ont été durement réprimées par la police ce week-end. Dimanche, Paola Holguín a critiqué ces manifestations menées, selon elle, par “ceux qui ont fait de la culture un outil de déconstruction historique, d’apologie du crime et de ‘revictimisation’ des victimes”, rapporte El Espectador dans un autre article.

Mais “il semble plutôt qu’il s’agisse d’une tentative de censure visant à empêcher que les différentes versions de l’histoire soient racontées”, lui a répondu la députée Jennifer Pedraza, citée par le même média.