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En Equateur, les pêcheurs, victimes collatérales des bombes américaines : « Cette barque, c’était l’héritage de mon père, notre gagne-pain. Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? »
Par Julia Pascual (Manta [Equateur], envoyée spéciale)ReportageAu prétexte de livrer une « guerre » contre les « narcoterroristes », les Etats-Unis ciblent des palangriers au large du pays andin. Huit pêcheurs sont toujours portés disparus et Washington revendique la mort de 238 hommes dans le Pacifique et les Caraïbes depuis fin 2025. Les défenseurs des droits humains dénoncent des « assassinats illégaux ».
« Bonjour ma chérie. Je ne sais pas si tu as reçu mes messages. J’espère que tu vas bien. Il nous est arrivé beaucoup de choses. Le vieux est au courant, demande-lui. (…) Un avion s’est approché, il y avait un drone hier et après un patrouilleur nous suivait. » Ce sont les derniers mots, inquiets, que Juan Carlos Valencia Mero a échangés avec sa femme, par message, le 19 janvier. Le lendemain, le palangrier Fiorella sur lequel le capitaine de pêche équatorien travaillait a disparu des radars, ainsi que les huit membres d’équipage à bord, tous originaires de la région de Manta, principal port de pêche de l’Equateur.
Voilà neuf mois que leurs familles vivent dans la douleur et l’angoisse. « Qu’ont-ils fait d’eux ? Dans quel pays les ont-ils emmenés ? Dans quelle prison ? C’est un supplice, nous voulons des explications », implore Maria Mero, sans nouvelles de son conjoint et père de ses trois enfants, Gabriel Aladino Mero Delgado, 44 ans. Maria Mero et les familles des disparus sont allées réclamer la vérité, en vain, à la capitainerie du port de Manta, au tribunal de la ville, par deux fois devant l’Assemblée nationale, à Quito, ainsi que devant l’ambassade des Etats-Unis. Car tous ont la conviction que l’administration américaine est derrière le drame qui les touche. « C’est Trump qui a fait tout ça », affirme Johnny Valencia, 59 ans, qui a parlé plusieurs fois au téléphone avec son fils Juan Carlos avant sa disparition.
Parti en haute mer le 13 janvier, le Fiorella remorquait une flotte de petites embarcations, une pratique qui permet d’aller déployer des lignes, une fois arrivé dans la zone de pêche. Le 20 janvier, deux membres d’équipage s’étaient justement éloignés du bateau mère. Ils ont dérivé pendant deux jours. Seuls survivants, ils ont rapporté avoir aperçu une épaisse colonne de fumée en direction du palangrier disparu. Des enquêtes de Human Rights Watch, Amnesty International et du Comité des droits humains de Guayaquil ainsi que du New York Times et du Washington Post étayent l’hypothèse d’une opération américaine. Les Etats-Unis nient toute implication.
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