Le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a été reconduit à l’unanimité, lundi 5 octobre, à la tête du gouvernement fédéral d’Ethiopie par la chambre basse du Parlement, issue des législatives de juin, contrôlée à 90 % par le Parti de la prospérité (PP), qu’il a fondé et dirige.
Après des mois de tensions, des combats ont repris à la fin de septembre dans le nord de l’Ethiopie, opposant l’armée fédérale aux forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui dirigeait de fait cet Etat régional et défiait à nouveau son autorité. Les affrontements se déroulent dans un contexte de tensions extrêmes avec l’Erythrée, voisine, accusée par Addis-Abeba de soutenir le TPLF.
Samedi, l’armée fédérale éthiopienne s’est emparée, sans combattre, de Makalé, capitale régionale du Tigré, désertée par les dirigeants et combattants du TPLF. Deux jours plus tard, la candidature de M. Ahmed, présentée par le PP, a été approuvée par acclamation. Premier ministre depuis 2018, M. Ahmed était le seul candidat à sa succession.
Dans une Ethiopie fracturée par une multitude de conflits d’intensité variable, aux dynamiques diverses mais souvent liées à des revendications politico-identitaires, le premier ministre reconduit a appelé à la tribune les groupes armés à sortir « des forêts » pour « participer à des mécanismes de paix ». Mais il a également réitéré la nécessité pour son pays, qui compte 130 millions d’habitants, d’avoir un accès à la mer Rouge, dont il a été privé par l’indépendance de l’Erythrée, en 1993. Cette ancienne colonie italienne avait été fédérée à l’Ethiopie en 1952, puis annexée en 1962.
« Actes d’hostilité »
Cette revendication exacerbe les tensions avec l’Erythrée, qui accuse l’Ethiopie d’avoir des vues sur le port d’Assab, situé sur la mer Rouge. Vendredi, l’Ethiopie a dénoncé des « actes d’hostilité et de belligérance de la part d’Asmara » entraînant la rupture de relations diplomatiques rétablies seulement en 2018, après une guerre frontalière meurtrière (1998-2000) suivie de dix-huit ans de rapports glaciaux.
« La modernisation de l’Ethiopie ne peut réussir totalement sans accès à la mer », a martelé M. Ahmed devant les députés, tout en répétant « être déterminé à l’obtenir par des moyens pacifiques ». Il a également accusé sans les nommer « les traîtres de l’intérieur et les ennemis de l’extérieur de travailler ensemble (…) à entraver le progrès » de l’Ethiopie.
Lundi, les banques, fermées depuis la reprise des hostilités, ont rouvert à Makalé, mais l’argent liquide n’était pas disponible aux guichets. Les transports publics fonctionnent, mais continuent de dépendre du carburant de contrebande, les stations-service restant fermées faute d’approvisionnement, coupé depuis plusieurs mois par le gouvernement fédéral. Quelques boutiques ont rouvert, mais la plupart sont restées fermées lundi.
Le conflit qui sévit dans le nord de l’Ethiopie est toutefois loin d’être terminé. Les forces fédérales ne contrôlent qu’une partie du Tigré, et le TPLF a fait vœu de basculer vers la guérilla.