Gojjam essuie un filet de vomi au coin de sa bouche et se tourne vers son ami Zeleke. “J’ai pris ta suite pour donner l’allure aujourd’hui, souffle-t-il, et j’ai bien cru y laisser ma peau.” Il se verse une gorgée d’eau au goulot, recrache et poursuit : “Ce n’est pas facile de mener le groupe. On a l’impression de porter le fardeau de quelqu’un d’autre.”
Les deux athlètes sont assis au bord de la route qui, de la capitale Addis-Abeba, s’enfonce vers le sud-ouest de la région de l’Oromia, en Éthiopie. Ils viennent de boucler une sortie de 25 kilomètres avec 14 autres coureurs, tournant à un rythme censé les préparer pour un marathon à venir. Avant le départ, Messeret, leur entraîneur, a attribué à chacun les étapes de course qu’ils auraient à mener, insistant sur le rôle fondamental du “lièvre” [un lièvre, ou meneur d’allure, désigne un coureur dont le rôle est d’imprimer un tempo spécifique lors d’une course] et les exhortant à “partager leur énergie” avec leurs coéquipiers.
Deux conceptions de l’entraînement
En 2025, les athlètes masculins et féminins d’Éthiopie et des pays voisins d’Afrique de l’Est – le Kenya, l’Ouganda, l’Érythrée et la Tanzanie – ont raflé respectivement 69 et 74 des 100 premières places du classement international du marathon établi par World Athletics [la
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