Pour la deuxième fois en moins d’une semaine, le chef du Parti du peuple cafard a été arrêté, vendredi 16 octobre, à New Delhi, avant une manifestation à laquelle il avait appelé pour dénoncer la révision des listes électorales. Abhijeet Dipke a été interpellé devant les caméras des télévisions locales. « Nous vous plaçons en détention préventive, vous êtes en état d’arrestation », lui a déclaré un policier. « Dictature ! », a réagi son Parti du peuple cafard (ou CJP, pour Cockroach Janta Party, en anglais) sur les réseaux sociaux.
Le mouvement, qui s’est imposé depuis mai comme le porte-parole des colères de la jeunesse indienne, et l’opposition exigent la démission du président de la commission électorale, Gyanesh Kumar. Ils accusent la révision des listes engagée par son institution de bénéficier au seul camp du premier ministre ultranationaliste hindou, Narendra Modi, au pouvoir depuis 2014. La commission a nié toute irrégularité.
Ce week-end, les forces de l’ordre ont arrêté des milliers de personnes − plus de 20 000, selon la presse locale − à New Delhi pour empêcher une manifestation organisée par le CPJ. Arrêté à bord d’un avion qui venait d’atterrir dans la capitale, Abhijeet Dipke a été incarcéré vingt-quatre heures. Mardi, deux autres dirigeants de son mouvement ont été interpellés pour avoir pénétré et agité des drapeaux indiens dans une zone du centre de la capitale interdite aux manifestants. Ils ont été placés en détention pour au moins cinq jours.
En réaction, Abhijeet Dipke avait appelé ses partisans à se réunir vendredi après-midi sur une place du centre de Delhi. Mais les autorités ont ordonné la fermeture de la place pour des « raisons administratives ». « Pourquoi avez-vous si peur des “cafards” ? », leur a lancé avant son interpellation Abhijeet Dipke. « Je veux dire à Narendra Modi que nous n’avons pas peur. Si agiter le drapeau indien nous envoie en prison, nous y sommes prêts », a-t-il dit.
Bras de fer entre le CJP, l’opposition et le gouvernement
Toute violation des mesures prises par les autorités « entraînera une réponse légale », a averti la police, qui a précisé qu’elle autoriserait « certaines personnes » à se rassembler sur un « site approprié ». Des milliers de policiers ont été déployés vendredi dans le centre-ville.
Le ministre de la défense, Rajnath Singh, s’en est pris aux frondeurs, accusés de vouloir « détruire les institutions démocratiques et créer le chaos ». « Ils ne se mobilisent pas contre la réforme électorale (…) ni contre Gyanesh Kumar, ni pour l’avenir des jeunes de ce pays », a-t-il estimé vendredi, « mais pour prendre le pouvoir et créer l’anarchie ».
La controverse électorale a viré ces derniers jours au bras de fer entre le CPJ, l’opposition et le gouvernement. Lundi, le chef de l’opposition parlementaire et élu du Parti du Congrès, Rahul Gandhi, a pris la tête d’un cortège de plusieurs dizaines de milliers de personnes dans la capitale pour déposer à la Cour suprême une requête en annulation de la révision électorale.
Lancée l’an dernier pour supprimer les doublons, les défunts et les fraudeurs, la procédure a permis, selon les décomptes publiés dans les médias et par l’opposition, de rayer 130 millions d’inscrits. Elle est soupçonnée par ses détracteurs de viser en priorité les minorités, notamment les musulmans, pour le plus grand bénéfice du Bharatiya Janata Party (BJP – Parti du peuple indien) de Narendra Modi.