[Cet article a été publié pour la première fois sur notre site le 24 août 2026 et republié le 22 septembre]
En revenant de l’amphithéâtre d’Arcugnano, près de la ville italienne de Vicence, un touriste a laissé, sur TripAdvisor, un commentaire ébahi, louant un endroit “unique au monde”. Ce voyageur ne croyait pas si bien dire, car ce site n’était ni grec ni romain, mais bien une contrefaçon on ne peut plus moderne.
“Franco Malosso, propriétaire, créateur et découvreur autoproclamé du site ‘antique’ de près de 5 000 m2, faisait payer jusqu’à 40 euros pour visiter le ‘théâtre’ qu’il avait intégralement construit”, précise CNN. Durant plusieurs années, ce faux site archéologique a gagné en popularité, attirant des milliers de visiteurs et hébergeant même de nombreux concerts. Les touristes se voyaient assurer que Jules César, Cléopâtre ou encore Juliette Capulet, la célèbre héroïne de Shakespeare dans Roméo et Juliette, s’y étaient rendus.
La découverte du pot aux roses date d’octobre 2016, après un signalement des forces de l’ordre locales qui ont immédiatement fait remonter l’information aux autorités touristiques et culturelles. Dépêchés sur place, les carabiniers de la Tutela del patrimonio culturale (TPC, l’unité de protection du patrimoine culturel, en français), une unité spécialisée dans la détection des faux artistiques, n’auront mis que quelques heures à peine pour démasquer la fraude.
Murs en polystyrène
“De tous les criminels, les faussaires sont les plus talentueux, puisqu’ils sont capables de créer des œuvres d’art. Puis il y a les arnaqueurs… Je n’ai aucun respect [pour Malosso]. Le qualifier de faussaire revient à insulter tous les falsificateurs”, déclare à CNN Giuseppe Marseglia, commandant de la section des TPC à Monza. En plus des anachronismes architecturaux flagrants, les finitions étaient clairement à revoir, comprenant notamment des murs en polystyrène, des colonnes en ciment et des statues en plâtre.
Selon le témoignage d’un ouvrier embauché par Franco Malosso – qui se présentait comme le représentant légal du propriétaire du terrain, une société immatriculée dans les Îles Vierges britanniques –, ce dernier lui aurait demandé de “donner un aspect ancien” au site.
En août, “après dix ans de bataille judiciaire, le propriétaire a été condamné à de la prison pour falsification d’œuvres d’art, construction sans permis et destruction d’un environnement protégé”. Les arguments de la défense de Franco Malosso, assurant que les falsifications étaient si flagrantes que personne n’aurait pu raisonnablement les croire vraies, n’ont pas convaincu la Cour suprême qui a validé la sentence d’un premier procès condamnant le faussaire à une peine d’emprisonnement de vingt-huit mois, une amende de 3 000 euros ainsi que 3 500 euros de frais de justice.
Le site a été placé sous séquestre et Malosso a reçu l’ordre de démolir son vrai-faux théâtre.
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