Un embouteillage nocturne sous les néons d’une station-service et le reflet de deux feux rouges sur l’asphalte mouillé. Monocle, hebdomadaire économique russe favorable au Kremlin, a choisi cette scène devenue familière pour annoncer, en énormes caractères, “Essence. La suite”, avant de s’interroger : “Pourquoi la pénurie de carburant est-elle revenue ?”
À la mi-août, cette pénurie touchait “76 régions sur 98”, selon Gde benz ? – abréviation d’“Où est l’essence ?” en russe –, une application qui recense les lieux où du carburant est disponible. La plateforme précisait que l’essence n’était disponible que dans 28 % des stations-service référencées. À Moscou, selon l’application, la proportion d’établissements approvisionnés serait tombée, à la fin août, de 53 % à 20 % en quelques semaines.
Dans son éditorial, le magazine économique ne voit “aucun moyen rapide” d’en sortir et parle de la pénurie comme de la “nouvelle normalité en temps de guerre”. Avant d’inviter les lecteurs à “supporter les désagréments de l’arrière”.
“L’essentiel est qu’il y ait assez de carburant au front.”
Le vice-Premier ministre russe, Alexandre Novak, cité par Monocle, admet de son côté que la Russie est entrée dans une “deuxième phase” de “tension sur le marché”. Pour Dmitry Prokofiev, du cabinet de conseil en énergie russe Neft Research, il s’agit surtout du prolongement d’un “déséquilibre systémique” apparu dès juin.
“Nous devons être prêts à tout”
Le pic des départs en vacances et des récoltes agricoles n’explique qu’en partie cette rechute. Les drones ukrainiens visent désormais des équipements de raffinerie particulièrement difficiles à remplacer, et les réparations peinent à suivre le rythme des nouvelles frappes, notamment en raison des sanctions sur certaines pièces importées.
“La situation est particulièrement tendue pour l’essence IA-95”, note le journal. À Lipetsk, à Orenbourg ou à Kalouga, les conducteurs ne peuvent se ravitailler que certains jours selon leur numéro de plaque d’immatriculation. Dans le kraï de Transbaïkalie, “le plafond descend jusqu’à 15 litres par voiture”.
D’après d’autres médias russes, le chef de l’État, Vladimir Poutine, a lui-même reconnu jeudi 3 septembre, lors du Forum économique oriental, à Vladivostok, que les autorités n’avaient pas été préparées à cette succession d’attaques. Interrogé par l’un des animateurs sur la question de savoir si les Russes devaient s’habituer à la pénurie d’essence, il a déclaré : “Nous devons être prêts à tout.”
Moscou tente de remédier à ces manques avec des importations venues de Biélorussie, d’Inde, du Maroc, de Singapour et de Turquie. Mais, tranche Monocle, elles restent trop coûteuses et trop réduites en quantités pour peser vraiment. Avec le Kazakhstan, une transformation de pétrole russe dans les raffineries locales est à l’étude. Le magazine veut croire à un répit en septembre. D’autres experts, plus sceptiques, pensent que l’accalmie ne surviendra qu’en octobre.
L’État russe face à la pénurie d’essence : “Une situation globalement difficile”
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