C’est au tour d’un des principaux médias d’opposition de Turquie, le site d’information T24, d’être victime de l’opération anti-LGBTQI baptisée “Ma famille en sécurité” et lancée par les autorités au mois de septembre. La justice turque a décidé de bloquer l’accès au site, qui comptait autour de 20 millions de visites mensuelles, arguant que 118 articles publiés au cours de l’année seraient susceptibles de constituer de la “propagande LGBT”, rapporte BBC News Türkçe.

“Nous voyons mal comment des articles, certains vieux de plusieurs années, pourraient menacer la famille turque et l’ordre public”, a réagi T24, qui dénonce une “campagne mensongère” lancée contre elle sur les réseaux sociaux, laquelle a débouché sur “une décision d’une extrême gravité qui affecte des dizaines de journalistes et de travailleurs de la presse”.

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Le site Internet de T24, qui propose articles, vidéos et podcasts, reste actif mais n’est plus disponible que difficilement, par l’intermédiaire de certains VPN. Fondé en 2009, il est l’un des plus anciens médias indépendants exclusivement numériques de Turquie.

Dans ses colonnes, il donne notamment la parole à de célèbres chroniqueurs, dont beaucoup sont classés parmi les “libéraux” qui avaient personnellement soutenu le président turc, l’islamo-nationaliste Recep Tayyip Erdogan, lors de ses premières années au pouvoir, où il présentait un visage infiniment moins autoritaire et conservateur qu’aujourd’hui.

“Une grave attaque contre notre profession”

Treize organisations syndicales et associations du monde de la presse turque ont lancé un appel diffusé par le média en ligne Diken, condamnant “une grave attaque contre notre profession, sans fondement et en violation du droit et de la Constitution”. L’opération anti-LGBTQI a, dès son commencement, pris pour cible la liberté de la presse et la liberté d’expression, rappelle la tribune.

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L’opération avait en effet commencé par la censure de plus de 150 sites Internet et comptes sur les réseaux sociaux. Elle avait aussi visé une journaliste, Tugba Tekerek, connue dans le pays pour un ouvrage d’enquête journalistique sur la dégradation inquiétante du système d’enseignement supérieur en Turquie sous le pouvoir d’Erdogan. Elle avait été arrêtée sur la base d’un unique article paru sur l’homophobie… en Géorgie, pays voisin.

“Continuons de lutter pour un monde libre”

“Cette détention me permet au moins de me renseigner sur les dernières actualités du monde de la drogue”, ironise la journaliste, emprisonnée dans un quartier pénitentiaire consacré aux condamnées de droit commun, dans une lettre publiée par le média en ligne Medyascope. “Je suis sur un matelas devant les toilettes, dans une cellule prévue pour deux, mais où nous sommes quatre”, déplore la journaliste. “Il faut prendre une grande inspiration et continuer à tenir bon, car nous n’avons pas d’autre choix. Continuons à lutter pour un monde libre et démocratique”, conclut-elle.

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Une autre lettre de prison, écrite par la militante transgenre Janset Kalan, détenue pour “obscénité”, a par ailleurs été publiée par le média en ligne Kisa Dalga : “Je continuerai à le dire haut et fort, ni mon corps ni celui des autres femmes ne sont obscènes ou immoraux”, écrit-elle. Critiquant ses conditions d’arrestation et de détention, elle s’attaque également a l’opération “Ma famille est en sécurité”. “Pourquoi ne pas plutôt s’intéresser aux dizaines de milliers de filles mariées avant 18 ans, victimes d’abus sexuels et empêchées d’avorter ? Aux centaines d’enfants contraints de travailler qui perdent la vie sur des chantiers ?” s’interroge-t-elle.

Le média en ligne Bianet a quant à lui interviewé Nese Tamer, responsable au sein de l’association de parents d’enfants LGBTQI Listag, dont trois membres, parmi lesquels une femme âgée de 86 ans, avaient été placés en garde à vue lors du lancement de l’opération. “Quelle famille est en sécurité alors qu’on s’en prend même aux parents qui font le choix de soutenir leurs enfants ?” s’émeut-elle. “Nos enfants n’ont rien fait de mal et, malgré la peur, nous, leurs familles, plutôt que d’essayer de les changer, allons rester à leurs côtés”, promet-elle.