Halk TV, la principale chaîne d’opposition de Turquie et première chaîne d’information du pays, a cessé d’émettre, mercredi 14 octobre à 6 h 31, alors que la police investissait ses locaux. Créée en 2005, elle est proche de l’opposition kémaliste (nationaliste et antireligieuse).

Des forces antiémeute étaient déployées à l’extérieur de ses locaux pendant que ceux-ci étaient perquisitionnés par des policiers de la brigade financière. L’opération de saisie de la chaîne a eu lieu dans le cadre d’une enquête pour trucage d’appels d’offres, blanchiment et corruption visant son propriétaire, l’homme d’affaires du secteur textile Cafer Mahiroglu, écrit le quotidien islamo-nationaliste Yeni Safak, qui précise que 11 journalistes ou membres du conseil d’administration ont été arrêtés.

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Un administrateur a été placé à la tête de la chaîne. Un nom bien connu des médias turcs, souligne le site Arti Gerçek, puisqu’il s’agit d’un ancien journaliste de Yeni Safak, Ibrahim Pasali, déjà nommé administrateur de plusieurs médias saisis par la justice, dont la chaîne d’opposition Tele1. Saisie en octobre 2025, elle ne diffuse plus désormais que des émissions de divertissement, et ses audiences se sont effondrées.

L’opposition “ne fait que parler”

La saisie de Halk TV est un rude coup pour l’opposition, alors que la quasi-totalité des chaînes du pays sont acquises au pouvoir du président, Recep Tayyip Erdogan. Cette nouvelle attaque contre la liberté de la presse intervient alors que l’accès à l’important média en ligne T24 a été bloqué le 30 septembre pour “propagande LGBT”.

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Quelques personnes se sont rassemblées devant les locaux de la chaîne pour contester sa saisie. “Je ne suis pas venu protester contre le pouvoir, je suis venu protester contre l’opposition. Ils ne font que parler, parler, parler, parler”, s’indigne un vieux monsieur interrogé par le média en ligne Medyascope.

La colère monte en effet également contre le principal parti d’opposition, le Yeni Parti, accusé d’être trop passif et de concentrer toute son énergie et sa stratégie vers l’élection présidentielle de 2028, dont la transparence n’est pas garantie. En signe de protestation contre la saisie de Halk TV, des députés du parti se sont bandé les yeux et bâillonné la bouche à l’Assemblée nationale. “C’est quoi ça ? s’insurge notamment un journaliste indépendant sur le réseau social X. La répression n’arrête pas de s’aggraver, tandis que votre réaction est plus molle de jour en jour !”

163e pays sur 180 pour la liberté de la presse

“La Turquie ne mérite pas ça. L’instrumentalisation de la justice cause des dégâts immenses à ce pays. Sept membres de ma famille ont été arrêtés, dont mon frère de 70 ans qu’ils sont allés chercher au village”, déplore le propriétaire de la chaîne, Cafer Mahiroglu, à l’abri à Londres, où il vit depuis quarante ans, cité par le quotidien d’opposition Sözcü.

L’homme d’affaires s’en est également pris, comme le fait l’opposition, au leader du CHP, Kemal Kiliçdaroglu. Fer de lance d’une “opposition contrôlée” promue par le pouvoir, celui-ci avait été nommé par la justice au printemps à la tête du parti kémaliste, principale formation d’opposition, désormais déserté par ses électeurs et militants qui ont créé le Yeni Parti. Trois jours avant l’opération contre Halk TV, il appelait publiquement à ce que des “mesures” soient prises contre la chaîne, donnant le signal de sa fermeture, accusent les opposants.

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La multiplication des attaques contre les médias d’opposition intervient alors que la Turquie est déjà classée 163e sur 180 pays dans le classement 2026 de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse.