J’imagine mal une personnalité comme Kevin Keegan soutenir en public une affirmation aussi peu raffinée que “Rummenigge et moi sommes les meilleurs du monde”. C’est pourtant ce qu’a déclaré Lamine Yamal il y a peu, à propos de lui-même et du Français : “Mbappé et moi sommes les meilleurs du monde.”

Moi. Et Mbappé.

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Tout portait à penser que cette phrase de mauvais goût et repoussante, proférée par un prétentieux teint en jaune fluo, marquerait le paroxysme de la bataille absurde à laquelle se livrent les deux joueurs pour déterminer lequel possède le plus gros melon – qui pourrait rivaliser avec pareil enfantillage ?

Mais alors qu’on s’apprêtait à siffler la fin de la partie, Kylian le fourbe a puisé dans ses ultimes forces, asséné un coup de reins et refusé de porter entièrement le maillot de soutien à Ceuta. Et voilà que l’insoutenable duel a repris de plus belle.

La boue contre le glamour

Le football ancien se meurt, on voit les joueurs s’éteindre les uns après les autres. Comme le faisaient les Romains pour distinguer les deux Pline – l’Ancien, écrivain et militaire, du Jeune, son filleul avocat –, on oppose deux âges du football, celui des terrains boueux et des gradins envahis de fumée, et celui du glamour, des survêtements et des discours interminables et vains.

Keegan est mort [le 20 juillet dernier] comme il a remporté ses Ballons d’or, dans un silence décent, subitement, sans chercher à importuner et sans véhémence. Un grand digne de ce nom, un champion, une icône du football d’antan.

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Le prix remis par France Football [le 26 octobre prochain] est tellement discrédité que, gagnant ou perdant, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. En revanche, le Melon d’or devrait être décerné ex æquo à Kylian le fourbe et moi, moi, Lamine Moi-mal, car, croyez-moi, ils l’ont bien mérité. La dernière joute ridicule qu’ils ont mise en scène pour savoir qui répondrait le plus vite à la question sur la capitale de l’Érythrée, et ainsi charmer les membres africains du jury, nous couvre de honte, nous, les tenants du vieux football, qui nous efforçons tant bien que mal de le maintenir sous assistance respiratoire.

Mais le bras de fer est ovationné par les fans du nouveau foot qui, semble-t-il, considèrent la vulgarité comme une forme de style, à l’instar des films d’Ed Wood, qui ont fini par devenir des classiques.