Lena Pilger s’apprête à quitter l’Allemagne pour passer un semestre à Catane, en Sicile, dans le cadre du programme Erasmus. Elle raconte, dans les pages de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, comment elle a appris son acceptation et comment elle a été submergée de publications liées à Erasmus sur les réseaux sociaux. Instagram s’est chargé de lui montrer une foule de jeunes de son âge, éblouis par leurs expériences, affichant à la fois une béatitude devant leur chance et une nostalgie d’avoir laissé Erasmus derrière eux une fois l’échange terminé. Pendant ce temps, Lena Pilger passe en revue toutes les démarches qu’elle doit faire – “sous-location, logement, arrivée, départ, choix des cours, assurance-maladie, cours de langue et contrat d’apprentissage en ligne” – loin de la joie débordante que son téléphone lui donne à voir dès qu’elle consulte les comptes de ses amis ou les comptes recommandés par l’algorithme. Tout cela sans parler de l’annonce du départ à faire à une grand-mère anxieuse. La jeune femme raconte ses interrogations :
“Que se passera-t-il si […] j’ai immédiatement envie de rentrer ? En même temps, je me demande : et si je ne veux jamais retourner [en Allemagne] ? Le fait que certains décrivent leur séjour à l’étranger comme une transformation irréversible de leur identité me fascine et m’inquiète à la fois.”
Ce témoignage est loin de refléter un sentiment isolé. Sur le site spécialisé dans l’éducation supérieure The PIE News, Kimberley Aparisio, spécialiste des mobilités étudiantes, l’a constaté notamment chez les étudiants issus de minorités, comme les Afro-Américains. Même si les trajectoires et les expériences sont très personnelles, “un thème récurrent [dans les entretiens menés par la chercheuse] était l’importance de sortir de son contexte habituel et de se percevoir sous un jour nouveau. Cela ne diminue en rien les expériences bien réelles de micro-agressions ou d’exclusion. Ces moments existaient aussi, mais ils étaient accompagnés d’expériences de reconnaissance, de perspectives et d’épanouissement qui étaient significatives et, dans certains cas, profondément marquantes.” Elle, qui a vécu et étudié sur trois continents, met en avant l’importance des témoignages qui “offrent une vision plus complète du paysage des séjours d’études à l’étranger”. Pour cela, rien ne vaut les récits publiés par la presse et les rencontres en personne sur les campus. Loin des mises en scène d’Instagram.
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