Un juge fédéral américain a reporté sine die, lundi 14 septembre, l’entrée en vigueur des nouvelles limites de séjour aux Etats-Unis des étudiants et journalistes étrangers, annoncées par l’administration Trump en juillet.
Sans se prononcer sur le fond, ce juge fédéral de Boston (Massachusetts) reporte jusqu’à nouvel ordre l’entrée en vigueur de cette réglementation, prévue le 15 septembre. Une nouvelle audience est prévue le 2 octobre. Il fait ainsi droit à la demande d’organisations représentant des établissements de l’enseignement supérieur, des professeurs et des syndicats, dont un représentant les journalistes et d’autres métiers de la communication.
Selon cette réglementation publiée en juillet au Federal Register, l’équivalent américain du Journal officiel, les ressortissants étrangers détenteurs d’un visa étudiant ne seront plus autorisés à rester plus de quatre ans sur le territoire américain. Les journalistes étrangers seront, pour leur part, limités à des séjours de 240 jours, soit environ huit mois, tout en pouvant solliciter des renouvellements pour des périodes identiques. Les journalistes chinois seront soumis à un cadre particulièrement restrictif, avec des visas limités à 90 jours. Jusqu’à présent, les Etats-Unis octroyaient des visas pour la durée du programme d’un étudiant et jusqu’à cinq ans pour un journaliste étranger.
Des conséquences majeures pour l’enseignement et la presse
Le juge se montre particulièrement sceptique face aux arguments avancés par le ministère de la sécurité intérieure, en charge des entrées et sorties d’étrangers, qu’il estime « particulièrement faibles » au regard des conséquences potentiellement « catastrophiques » pour l’enseignement supérieur et l’économie des Etats-Unis.
Ces justifications, par « la protection de la sécurité nationale et la prévention de la fraude et du détournement du programme de visas », reposent essentiellement sur des « anecdotes » peu représentatives, affirme le magistrat, reprochant au gouvernement de ne pas démontrer en quoi la nouvelle réglementation remédierait aux quelques incidents qu’il cite.
Les Etats-Unis accueillent annuellement plus d’1,1 million d’étudiants étrangers. Quant aux journalistes, plus de 1 500 sont accrédités auprès des centres de presse américains, selon le département d’Etat. Au total, quelque 37 000 visas de ce type ont été délivrés en 2024, selon des statistiques du ministère de la sécurité intérieure citées par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).
Cette réglementation avait été proposée dès 2025 par le gouvernement, ce qui avait ouvert une phase de consultations. Une centaine de médias et organisations de presse internationaux avaient alors estimé dans une lettre ouverte que la nouvelle réglementation « amoindrirait la quantité et la qualité de la couverture » de l’actualité américaine.
Depuis le retour à la Maison Blanche de Donald Trump, son gouvernement a expulsé massivement des immigrés en situation irrégulière et imposé une série de restrictions parfois draconiennes à l’entrée légale aux Etats-Unis des ressortissants étrangers, limitant l’entrée aux citoyens de certains pays en développement. Il s’en prend par ailleurs régulièrement aux journalistes et à la couverture de certains médias qu’il accuse de propager de fausses informations.