Le projet du chef du Pentagone, Pete Hegseth, de diffuser en direct l’exécution par l’armée américaine de l’auteur d’un attentat mortel contre des soldats en 2009 recueille de plus en plus de voix défavorables, y compris dans les rangs républicains.
« La préoccupation serait que vous réalisiez une vidéo qui servirait d’outil de recrutement pour de futurs terroristes », a ainsi estimé, lundi 12 octobre, le président de la Chambre des représentants – le speaker–, Mike Johnson, lors d’une interview au média CBS News. « Nous devons réfléchir aux implications politiques de tout cela », a ajouté l’élu républicain, qui a également affirmé qu’il ne regarderait pas l’exécution si elle était effectivement diffusée en direct.
Nidal Hasan, psychiatre militaire américain musulman d’origine palestinienne, âgé aujourd’hui de 56 ans, doit être fusillé le 3 décembre sur la base de Fort Hood, au Texas, où il avait tué 13 personnes, dont 12 militaires, et blessé plus de 30 autres, le 5 novembre 2009, un attentat inspiré par l’organisation djihadiste Al-Qaïda. Touché à la colonne vertébrale durant la fusillade, il est depuis handicapé et se déplace en fauteuil roulant.
Le secrétaire à la défense américain, Pete Hegseth, a annoncé que son exécution serait diffusée en direct, soulevant rapidement l’indignation. Lors de l’interview diffusée lundi par CBS News, Mike Johnson a confirmé que, parmi ses collègues au Congrès, « tout le monde n’est pas favorable à cette idée ».
« Je soutiens totalement la condamnation à mort, mais diffuser des exécutions en direct est ce que font les djihadistes. L’Amérique vaut mieux que ça », a notamment estimé, ces derniers jours, Austin Scott, élu républicain à la Chambre des représentants, où il siège à une commission des affaires militaires. « Une civilisation s’abîme quand elle nourrit un appétit pour les exécutions comme une forme de spectacle », a réagi, pour sa part, le sénateur républicain John Curtis.
« Torture »
Le président américain, Donald Trump, qui a approuvé l’exécution par l’armée du condamné, a cependant affirmé que la décision concernant sa diffusion n’était pas arrêtée. Une telle diffusion en direct constituerait une forme de « torture », a prévenu le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, réitérant sa position face « aux exécutions publiques en Afghanistan et en Iran ». Selon Amnesty International, au moins 17 exécutions publiques ont eu lieu en 2025 dans le monde : 11 en Iran et six en Afghanistan.
L’opposition démocrate américaine a aussi condamné ce projet. « C’est un cadeau pour les recruteurs terroristes anti-américains. C’est absolument honteux et porte atteinte aux intérêts et aux valeurs fondamentales de l’Amérique », a écrit, sur X, le principal élu démocrate à la commission des forces armées du Sénat, Jack Reed.
De son côté, le ministre de la sécurité intérieure américain, Markwayne Mullin, a déclaré, dimanche, ne pas voir de « risque accru » au cas où l’exécution était diffusée publiquement. « Personne n’est obligée de le regarder s’il n’en a pas envie », a-t-il ajouté.
L’immense majorité des exécutions aux Etats-Unis relève des États, les exécutions fédérales étant rares et celles relevant de la justice militaire désormais exceptionnelles. Cette mise à mort sera la première effectuée par l’armée américaine depuis 1961, et la première par peloton d’exécution depuis 1945.