Devant une foule de caméras, la conductrice d’un des quatorze “bus roses” mis en service mardi 18 août a commencé son trajet. À bord, uniquement des passagères, comme le montrent des images relayées par le South China Morning Post. La Société nationale des transports routiers du Bangladesh (BRTC) a déployé dix d’entre eux dans la capitale, Dacca, deux à Chittagong et deux à Bogra. Une initiative qui cherche à “offrir aux femmes des transports publics plus confortables et sans risque de harcèlement”, écrit le Dhaka Tribune.

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La mise en place de ce service était une promesse électorale de l’actuel gouvernement. De nombreuses femmes disent se sentir en danger dans les transports publics. The Daily Star rappelle que, lors d’un sondage réalisé en 2022, “87 % des femmes interrogées [disaient] avoir été victimes de harcèlement au moins une fois, tandis que 36 % [affirmaient] être régulièrement confrontées à du harcèlement sexuel dans les transports publics”.

Un problème d’autant plus important dans les bus, qui sont le mode de transport en commun le plus utilisé, avec 1,9 million de passagers quotidiens dans la capitale. Avec seulement quatorze “bus roses”, le service ne desservira qu’une partie du réseau : 134 arrêts au total, dont 106 à Dacca. Le gouvernement assure vouloir augmenter jusqu’à 100 le nombre de “bus roses” en circulation. Ceux-ci sont uniquement conduits par des femmes pour “féminiser” ces emplois et créer un environnement rassurant pour les passagères.

Déjà expérimenté par le passé

Dans une tribune publiée par le Daily Star, deux universitaires rappellent qu’en 2017 l’affaire du viol collectif suivi du meurtre d’une étudiante âgée de 27 ans dans un bus interurbain, perpétrés par un chauffeur de bus et ses acolytes, “est devenue un scandale national”. Depuis les années 1980, le service chargé des routes et des transports a déjà “mis en place – et supprimé – à plusieurs reprises des services de bus réservés aux femmes”, précise le média sur son site.

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Cette fois-ci, étant donné le faible nombre de “bus roses”, le gouvernement fait face à des critiques. Loin de remédier aux inégalités liées au genre dans l’accès aux transports publics, cette mesure les aggraverait. L’accès des femmes aux bus habituels risque d’être compliqué, sans que les bus spéciaux constituent une alternative crédible.

“Cela fait longtemps que les femmes se plaignent de l’affluence, des ‘frotteurs’, du harcèlement oral et de l’insécurité aux arrêts de bus”, ajoute le Dhaka Tribune. Les deux chercheurs précisent dans le Daily Star que sans “véritable effort pour lutter contre les inégalités entre hommes et femmes dans la planification des transports, les ‘bus roses’ risquent fort de n’être qu’un gadget qui n’apportera rien de vraiment nouveau”.