“Au lendemain d’une journée de manifestation et de violences d’une intensité rarement vue en France ces dernières années”, Emmanuel Macron, qui n’avait jusque-là fait “qu’égrener de petites phrases de réaction” sur la crise des lycéens, “a été forcé de réagir plus longuement à la télévision ce dimanche soir”, constate Le Temps.
“Nous ressentons tous ce soir de la colère, de la honte”, a déclaré le président français dans une allocution “solennelle” d’une dizaine de minutes, au cours de laquelle il a notamment tenu à faire la différence entre manifestants pacifiques et casseurs, promis à ces derniers qu’ils seraient punis, et dénoncé la responsabilité de “l’ultragauche” dans les violences.
Mais à part les condamnations de rigueur, “rares ont été les annonces concrètes alors que la droite demandait un acte fort, comme l’instauration de l’état d’urgence”, note le quotidien suisse. “Tout juste a-t-il annoncé que les préfets pourraient, en coordination avec les maires, interdire certains rassemblements ou mettre en place des couvre-feux”.
« Aucune réponse concrète »
“Il a aussi promis que le chef du gouvernement réunirait bientôt les partis politiques, les syndicats et les représentants des jeunes pour discuter des revendications sur le pouvoir d’achat et l’éducation”, souligne Blick. “Mais à part ça ? Rien. Aucune réponse concrète”.
Au lendemain de “certaines des pires émeutes qu’ait connues la France depuis des décennies”, Emmanuel Macron “s’est engagé dimanche à répondre à certaines revendications des manifestants, mais sans donner de précisions”, renchérit The New York Times.
Il a certes indiqué “qu’il s’efforcerait de baisser le prix des carburants – une revendication majeure de certains manifestants – lors d’un déplacement diplomatique dans le Golfe Persique cette semaine”, mais il n’a présenté “aucune concession concrète” aux manifestants, se contentant d’affirmer qu’à six mois de la présidentielle, la France avait besoin “d’ordre, d’apaisement et pas d’une escalade”.
Et si le locataire de l’Élysée a promis “la transparence” sur le comportement des forces de l’ordre – accusées par les manifestants et plusieurs personnalités politiques d’avoir fait un usage excessif de la force – il n’a pas eu “un seul mot pour les étudiants mutilés par les engins explosifs de la police”, déplore El País.
« Urgence »
Si la tension a baissé d’un cran dimanche, les violences se sont néanmoins poursuivies, notamment à Paris. “Des affrontements ont éclaté entre la foule et les forces de l’ordre place de la République, dans le centre de Paris”, décrit The Guardian.
“Des vélos électriques ont été entassés dans certaines rues et incendiés. Des bouteilles et des pierres ont été jetées et d’épaisses volutes de fumée s’élevaient des poubelles en feu. La police a riposté avec des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes”, écrit le titre britannique.
Ce qui fait dire à La Vanguardia que “le conflit ne montre aucun signe d’essoufflement” et qu’il y a “urgence” à ramener le calme dans le pays. Mais face au défi, Emmanuel Macron “est apparu quelque peu impuissant, se limitant à des formules de circonstance”, juge le titre catalan.
Cela ne surprend guère The Daily Telegraph : pour le quotidien conservateur, “la révolte actuelle a dépouillé ce centriste de 48 ans des derniers restes de son capital politique national”, déjà bien entamé par “sa décision désastreuse de convoquer des élections anticipées en 2024”.
« Syndrome du déclin »
Un avis partagé par Le Soir, qui estime que le président français porte “sa part de responsabilité dans ce désastre. En dix ans de pouvoir, il n’a dessiné ni un meilleur horizon pour les lycéens, ni rendu moins difficile la vie des classes moyennes, ni résolu le sentiment de sécession qui règne parfois dans les banlieues”.
“Le pays s’est appauvri. Au bord de la crise financière, il s’enfonce dans un syndrome du déclin”, analyse le quotidien bruxellois. “Les partis politiques de gouvernement, qu’il entendait transcender en prenant le meilleur de la gauche et de la droite, ne s’en sont jamais remis, favorisant l’émergence de deux forces radicales qui polarisent le pays à l’extrême”.
Et de conclure : “Dans six mois, si tout continue comme ça, il est à craindre que la France écope de la double peine : l’extrême droite au pouvoir et, dans la foulée, le chaos”.
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