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Fibre optique sectionnée : la fragilité numérique d’Haïti face aux gangs

On pense souvent la souveraineté numérique en termes de satellites, d’intelligence artificielle ou de câbles sous-marins. En Haïti, elle se joue parfois sur quelques mètres de fibre optique enterrée près d’Arcahaie, qu’il suffit de sectionner pour priver des millions de personnes de tou

Fibre optique sectionnée : la fragilité numérique d’Haïti face aux gangs
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5 août 2026
Fibre optique sectionnée : la fragilité numérique d’Haïti face aux gangs
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Fibre optique sectionnée : la fragilité numérique d’Haïti face aux gangs

  • by Rezo Nodwes
  • 5 août 2026
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On pense souvent la souveraineté numérique en termes de satellites, d’intelligence artificielle ou de câbles sous-marins. En Haïti, elle se joue parfois sur quelques mètres de fibre optique enterrée près d’Arcahaie, qu’il suffit de sectionner pour priver des millions de personnes de tout accès à internet, au moment précis où elles en ont le plus besoin.

L’épisode n’est pas isolé. En octobre 2024, deux ruptures de l’infrastructure de fibre optique de Digicel, principal fournisseur de télécommunications du pays, sont survenues à Arcahaie dans un contexte d’attaques de gangs, privant des millions d’Haïtiens d’accès à internet. Or cette coupure est intervenue précisément au moment où une communication fiable devenait vitale : impossible d’envoyer un message d’alerte à la police, impossible de prévenir des proches d’un danger imminent, impossible de coordonner une évacuation.

Ce type d’incident s’inscrit dans une vulnérabilité documentée depuis plusieurs années. Dès 2021, déjà, le PDG de Digicel Haïti, Maarten Boute, alertait sur une situation sans précédent en une décennie d’activité : la pénurie de carburant provoquée par la mainmise croissante des gangs sur la capitale avait alors affecté 430 antennes télécoms sur les 1 500 que compte le pays, laissant plusieurs centaines de milliers de clients sans service. Sans carburant pour alimenter les générateurs de secours des antennes-relais, même une infrastructure techniquement intacte cesse de fonctionner.

Cette fragilité prend une dimension particulièrement grave dans le contexte sécuritaire actuel. Selon les Nations Unies, la situation à Port-au-Prince a connu une dégradation continue, les gangs contrôlant désormais l’essentiel du territoire de la capitale et étendant leur influence bien au-delà du seul champ sécuritaire, jusqu’à affecter tous les aspects de la vie quotidienne des habitants — télécommunications comprises.

Dans un tel contexte, la connectivité n’est plus un simple confort numérique : elle devient un outil de survie. Elle permet de signaler une attaque en cours, de coordonner un déplacement sécurisé, de rassurer une famille à l’étranger, ou d’accéder aux services financiers mobiles dont dépendent des millions de foyers, comme évoqué dans une précédente édition de cette rubrique consacrée au mobile money. Chaque coupure de réseau prive donc simultanément la population d’un lien social, d’un outil de sécurité et d’un accès à ses moyens de subsistance.

Face à cette réalité, plusieurs pistes technologiques déjà évoquées dans cette rubrique prennent un relief particulier. Le déploiement de Starlink, par exemple, offre une forme de résilience différente : reposant sur une constellation de satellites plutôt que sur des câbles enterrés, ce type de connexion échappe, en théorie, aux coupures de fibre optique localisées — à condition, bien sûr, que l’utilisateur dispose d’une source d’électricité stable pour alimenter son terminal, un défi loin d’être résolu à l’échelle du pays.

Les opérateurs traditionnels, eux, ne restent pas totalement passifs : redondance partielle des tracés de fibre, generateurs de secours, accords de partage d’infrastructure entre opérateurs concurrents font partie des réponses techniques mobilisées, avec des résultats inégaux selon les zones et l’intensité de la violence. Mais aucune de ces solutions ne s’attaque à la cause profonde du problème : tant que l’État ne contrôle pas l’ensemble du territoire national, aucune infrastructure critique, numérique ou non, ne peut être considérée comme pleinement sécurisée.

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