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FLASHBACK — Conille parlait de gouvernance à Kenscoff le 2 novembre 2024 ; 77 jours après l’installation de Fils-Aimé, la commune basculait sous les assauts des gangs

— Conille y parlait de gouvernance en novembre 2024 ; Fils-Aimé hérite de la Primature, l’État est averti, puis les gangs arrivent : qui répond de l’abandon ? PORT-AU-PRINCE — Le 2 novembre 2024, Kenscoff servait encore de décor à l’exercice politique. Garry Conille y organisait son

FLASHBACK — Conille parlait de gouvernance à Kenscoff le 2 novembre 2024 ; 77 jours après l’installation de Fils-Aimé, la commune basculait sous les assauts des gangs
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31 août 2026
FLASHBACK — Conille parlait de gouvernance à Kenscoff le 2 novembre 2024 ; 77 jours après l’installation de Fils-Aimé, la commune basculait sous les assauts des gangs
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FLASHBACK — Conille parlait de gouvernance à Kenscoff le 2 novembre 2024 ; 77 jours après l’installation de Fils-Aimé, la commune basculait sous les assauts des gangs

  • by Rezo Nodwes
  • 31 août 2026
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— Conille y parlait de gouvernance en novembre 2024 ; Fils-Aimé hérite de la Primature, l’État est averti, puis les gangs arrivent : qui répond de l’abandon ?

PORT-AU-PRINCE — Le 2 novembre 2024, Kenscoff servait encore de décor à l’exercice politique. Garry Conille y organisait son « Forum citoyen », adaptation contemporaine d’un « Gouvènman Lakay » déjà connu sous Laurent Lamothe. On y discourait de gouvernance, de confiance institutionnelle, de transparence et de transition. La commune, perchée au-dessus de Port-au-Prince, pouvait encore être choisie par un Premier ministre pour exposer publiquement sa doctrine de gouvernement. Quelques semaines plus tard, cette géographie politique allait devenir une géographie de guerre.

Neuf jours après cette rencontre, Alix Didier Fils-Aimé était installé à la Primature, le 11 novembre 2024. Garry Conille n’assista pas à la cérémonie de son successeur. Fils-Aimé, lui, plaça la sécurité au premier rang de ses engagements. Le discours était conforme à l’exigence première imposée à tout gouvernement confronté à l’effondrement de l’ordre public : protéger la population, restaurer l’autorité territoriale et empêcher que la violence privée ne se substitue à la puissance publique.

À peine soixante-dix-sept jours après l’installation du nouveau Premier ministre, les groupes armés lancèrent leur offensive sur Kenscoff. Le constat prend une dimension autrement grave lorsque l’on revient aux déclarations officielles : quelques jours après l’attaque, Fils-Aimé reconnut que les autorités sécuritaires avaient été informées préalablement de la possibilité d’une offensive. Le BINUH et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme ont également documenté l’existence de renseignements antérieurs à l’assaut.

À partir de cet instant, le dossier ne relève plus exclusivement du commentaire politique. Il entre dans le champ de la responsabilité de l’État. L’article 19 de la Constitution haïtienne impose à l’État l’obligation de garantir le droit à la vie, à la santé et au respect de la personne humaine. L’article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques protège également le droit à la vie. La Convention américaine relative aux droits de l’homme inscrit la même garantie dans son article 4. Ces normes ne commandent pas à l’État de promettre la sécurité : elles lui imposent de déployer, lorsqu’un danger sérieux est connu ou raisonnablement prévisible, les moyens compatibles avec ses capacités pour prévenir l’atteinte.

C’est ici que Kenscoff devient un cas d’école politique et juridique. Si les autorités savaient, qu’ont-elles fait de ce renseignement ? Quel dispositif préventif fut adopté ? Quels renforts furent prépositionnés ? Quelle chaîne de commandement fut activée ? Pourquoi, selon les constats onusiens, plusieurs heures séparèrent-elles le début de l’offensive de l’arrivée effective des forces de sécurité dans certaines zones ? Connaître une menace ne signifie évidemment pas pouvoir empêcher mécaniquement tout crime. Mais la connaissance préalable crée une obligation accrue de diligence, et avec elle une exigence de reddition de comptes.

Le bilan ultérieur interdit de traiter janvier 2025 comme un simple accident opérationnel. Au moins 262 personnes furent tuées entre le 27 janvier et le 27 mars 2025, selon le BINUH et le HCDH. Des maisons furent incendiées, des familles déplacées, des secteurs entiers transformés en zones disputées. Puis les attaques continuèrent. En août 2026, Kenscoff connut encore un massacre accompagné d’enlèvements massifs. Le mot « temporaire » devient difficile à employer lorsqu’une crise militaire et criminelle survit aux communiqués, aux conseils de sécurité et aux proclamations de « riposte ».

La photographie de novembre 2024 acquiert ainsi une valeur presque littéraire. Conille se tenait à Kenscoff et parlait de gouvernance. Fils-Aimé lui succéda quelques jours après en parlant de sécurité. Deux mois et demi plus tard, les gangs pénétraient la commune. L’État avait été averti. Puis sont venus les morts, les déplacés, les maisons brûlées, les otages et les opérations annoncées après les drames.

Il serait intellectuellement excessif d’attribuer à Fils-Aimé la responsabilité personnelle de chaque crime commis par les groupes armés. Le droit de la responsabilité publique exige davantage de rigueur. Un chef de gouvernement n’est pas l’auteur matériel des massacres commis par des organisations criminelles. Mais gouverner signifie répondre de l’action — et de l’inaction — de l’appareil placé sous son autorité politique. Lorsque le danger est connu, lorsque les mêmes territoires sont attaqués à répétition et lorsque les mêmes populations sont abandonnées à la fuite, l’examen ne peut se limiter aux auteurs armés : il doit aussi porter sur l’efficacité, la prévoyance et la diligence de ceux qui avaient mandat de protéger.

Kenscoff offre donc un terrible raccourci de la transition haïtienne : un Premier ministre y faisait campagne pour la bonne gouvernance en novembre 2024 ; son successeur promettait la sécurité quelques jours plus tard ; en janvier 2025, la commune devenait un front ; en 2026, on y comptait encore les morts.

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