Florent Marchet ausculte le monde qui l'entoure dans son «Mobil Home»
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Le changement climatique, la guerre, la mort ou les masculinistes : dans Mobil Home, paru fin septembre, Florent Marchet pose un regard anxieux mais surtout sensible sur un monde qui déraille. Avec ce septième disque studio, le musicien explore plus que jamais ses angoisses, sans pourtant oublier qu'il reste toujours, quelque part, un rayon de lumière.
On dit que pour calmer ses angoisses, il faut les mettre à distance. Florent Marchet, éternel anxieux, a lui décidé de les prendre au creux de sa plume et de sa voix. Pour ce septième album studio, l'artiste avait pourtant décidé de réaliser un album optimiste, porté par la lumière de la Tunisie où il vit une partie de l'année. « Je ne voulais pas sortir les violons », annonce l'artiste en début d'album. Mais le programme a changé en cours de route : une crise d'angoisse, une série de décès parmi ses proches, et l'état du monde en auront décidé autrement.
« Faire rentrer le réel autant que possible »
Avec une précision quasi-photographique, Florent Marchet ausculte le monde qui l'entoure. Il n'a pas de remèdes à proposer, seulement quelques outils. Une prose nourrie par des incises très terre-à-terre : les Chocapic, la Star Academy ou le jeu Candy Crush ont tous leur place dans les textes du chanteur. « À chaque fois que j'essaie d'élargir le spectre, ça ne marche pas, explique-t-il. Pour moi, être très précis, c'est une manière de faire entrer le réel autant que possible, et donc de provoquer l'incarnation ! »
Au point, parfois, de virer à l'obsession : « Pour moi, écrire, c'est la formidable opportunité de revivre. Mais ça peut devenir un vrai problème. Si je décris une scène dont je me souviens et que la voiture était rouge, je vais avoir le plus grand mal à chanter qu'elle était verte, même pour la rime ! », rit-il.
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Surtout, la boîte à outils de Florent Marchet contient une quantité innombrable de sons glanés çà et là, et qu'il dissémine ensuite dans ses chansons : le bruit d'une porte de jardin qui grince (« elle fait un bruit particulier et je vais bientôt déménager, alors je voulais m'en souvenir ! »), celui d'un orage (« on n'en a pas tant que ça en Tunisie ! »), son souffle après un footing ou des aboiements. « J'ai toujours été fasciné par la chasse aux sons, je me promène toujours avec mon petit enregistreur, on ne sait jamais. C'est une autre manière de faire entrer le réel dans mes chansons. »
De la mort à l'amour en passant par le masculinisme
À l'aube de sa cinquantaine, le musicien a « plus de jours derrière que devant » (Les courants) : le temps qui passe, la fragilité de la vie et la peur de la mort parcourent donc Mobil Home. Mais au fil des 14 titres, Florent Marchet tricote aussi une histoire autour des liens du couple dénoués par la charge mentale, du souffle de la guerre sur la nuque de l'Occident, ou encore de la percée des mouvements masculinistes, comme dans Romance.
Des thématiques parfois anxiogènes... mais pourtant pas dénuées d'espoir, voire d'humour parfois : Romance s'achève sur des aboiements et des grognements de cochon. « Le fait d'écrire en Tunisie change la donne, pointe Florent Marchet. Sans tomber dans le cliché, le fait d'être au soleil en T-shirt toute l'année, avec ce bleu, ça fait du bien. J'espère que cette lumière se ressent dans l'album. »
Une joyeuse exploration
Ce qui se ressent surtout, c'est le plaisir pris par Florent Marchet à expérimenter sur ce disque, comme « un laborantin ». Les mélodies de Mobil Home sont le fruit de la rencontre avec le producteur belge Xavier de Maere. Ensemble, les deux hommes ont peuplé le mobil home du chanteur de nappes électroniques texturées peaufinées encore et encore. Les instruments analogiques ont été enregistrés, puis retravaillés jusqu'à ne plus se ressembler eux-mêmes.
« On a fui tout naturalisme, se souvient Florent Marchet avec un sourire. On a inventé des percussions en tapant sur une chaise, sur une table... Avec Xavier, j'ai travaillé comme j'ai toujours rêvé de le faire. » Un travail ambitieux mais aussi ludique, qui a donné lieu à d'heureuses trouvailles, pour le musicien aussi bien que pour les auditeurs. Avec cet album, les voilà partis à la recherche des dizaines de détails parsemés au gré des titres, comme de petits rayons de lumière dans un océan de mélancolie.
Florent Marchet Mobil Home (Nodiva/Wagram) 2026
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