En direct Vendredi 11 Septembre 2026
Culture

Gaz lacrymogène contre la Constitution. La CARICOM observait, la police chargeait

Vendredi dernier, à Delmas, la police nationale a dispersé au gaz lacrymogène une manifestation pacifique réclamant, notamment, la mise en place d’un gouvernement bicéphale et le départ du Premier ministre Alix Didier Fils Aimé. C’était la seconde fois que ce même groupe organisait ce t

Gaz lacrymogène contre la Constitution. La CARICOM observait, la police chargeait
HaitiCreoleRadio.com

11 septembre 2026
Gaz lacrymogène contre la Constitution. La CARICOM observait, la police chargeait
Actualités Opinions Politique

Gaz lacrymogène contre la Constitution. La CARICOM observait, la police chargeait

  • by Rezo Nodwes
  • 11 septembre 2026
  • 0 Comments

Vendredi dernier, à Delmas, la police nationale a dispersé au gaz lacrymogène une manifestation pacifique réclamant, notamment, la mise en place d’un gouvernement bicéphale et le départ du Premier ministre Alix Didier Fils Aimé. C’était la seconde fois que ce même groupe organisait ce type de rassemblement, après une première mobilisation le 12 août. Les manifestants, selon les informations rapportées par la presse haïtienne, invoquaient l’article 149 de la Constitution de 1987 pour réclamer qu’un juge de la Cour de cassation dirige la transition politique, accompagné d’un nouveau Premier ministre. L’ancien député Serge Jean Louis, présent sur les lieux, a dénoncé une intervention survenue avant même que le rassemblement n’ait véritablement commencé.

Il faut situer cet événement dans son contexte temporel exact, car ce contexte donne à cette dispersion une portée qui dépasse le seul incident local. Cette manifestation a été réprimée le 4 septembre, en plein milieu du séjour à Port-au-Prince de la délégation du Groupe des personnalités éminentes de la CARICOM, présente dans le pays du 2 au 9 septembre pour évaluer, selon les termes mêmes de sa mission, l’évolution de la transition politique haïtienne dans un contexte marqué par de profondes divergences entre les acteurs politiques et de la société civile.

On avait consacré, le 5 septembre, un éditorial entier à cette visite, s’interrogeant sur la sincérité réelle de l’ouverture au dialogue affichée par le gouvernement, quelques mois seulement après avoir reporté une première visite de cette même délégation. La dispersion de cette manifestation, survenue précisément pendant que cette délégation se trouvait sur le territoire national pour observer ces mêmes divergences politiques, illustre de la façon la plus concrète possible la nature de ces divergences que la CARICOM était venue constater.

Il y a, dans cette séquence, une forme de contradiction que la diplomatie régionale ne pourra pas éternellement ignorer si elle souhaite conserver une quelconque crédibilité dans son rôle d’accompagnement de la transition haïtienne. Une délégation venue évaluer l’état du dialogue politique national ne peut pas se contenter d’entretiens protocolaires avec le gouvernement en place et quelques plateformes politiques triées sur le volet, si elle ferme les yeux sur le traitement réservé, au même moment et dans la même ville, à des citoyens qui tentent d’exprimer pacifiquement une revendication constitutionnelle. Le recours à des gaz lacrymogènes contre un rassemblement qui n’avait, selon les témoins présents, pas même véritablement commencé, ne relève pas d’une réponse proportionnée au maintien de l’ordre public. Il relève d’une volonté d’empêcher, dans l’œuf, l’expression même de cette contestation, quelques jours à peine avant que les représentants de la communauté caribéenne ne quittent le pays.

Le fond de la revendication portée par ces manifestants mérite, par ailleurs, d’être examiné avec le sérieux qu’elle appelle, indépendamment du jugement que l’on peut porter sur les modalités de son expression publique. L’invocation de l’article 149 de la Constitution de 1987 pour réclamer qu’un juge de la Cour de cassation prenne la tête d’un gouvernement de transition, accompagné d’un nouveau Premier ministre, s’inscrit dans un débat constitutionnel légitime sur la nature et la légitimité des autorités actuellement en place, débat que cette chronique n’a pas vocation à trancher, mais qu’elle se doit de signaler comme faisant partie intégrante du paysage politique haïtien actuel. Un gouvernement confiant dans sa propre légitimité et dans la solidité de ses arguments juridiques n’a, en principe, aucune raison de redouter l’expression publique d’une thèse constitutionnelle concurrente, fût elle défendue par une minorité politique. Le choix de la dispersion immédiate, plutôt que du débat contradictoire ou, à tout le moins, de la tolérance d’un rassemblement pacifique, envoie un signal inverse.

Tout un chacun peut constater à loisir l’incapacité de la Police nationale à répondre aux questions les plus élémentaires sur l’échec de prévention du massacre de Kenscoff, quelques jours après que cent vingt quatre milliards de gourdes eurent été investis dans cette même institution sur cinq exercices budgétaires, documentés le 1er septembre. Il y a une dissonance frappante entre une police qui peine à protéger la population des massacres de gangs documentés semaine après semaine dans cette chronique, et cette même police qui trouve, en revanche, les moyens et la détermination nécessaires pour disperser, à deux reprises en moins d’un mois, un rassemblement pacifique de citoyens exprimant une opinion politique. Cette dissonance touche directement à la question des priorités opérationnelles d’une institution dont les ressources, documentées comme insuffisantes face aux gangs, semblent en revanche mobilisables sans difficulté lorsqu’il s’agit de faire taire une contestation politique pacifique.

La délégation de la CARICOM aura quitté le pays au moment où ces lignes seront lues. Cette chronique s’était engagée, le 5 septembre, à vérifier si cette visite produirait des recommandations publiques et vérifiables, ou si elle rejoindrait la longue liste des rencontres diplomatiques sans suite concrète documentée dans ces colonnes. La dispersion de cette manifestation, survenue en plein cœur de cette mission d’évaluation, constitue désormais l’un des tests les plus directs de cette exigence. Si le rapport final de cette délégation, une fois publié, ne mentionne pas cet épisode précis, survenu sous ses yeux et documenté par la presse haïtienne pendant son propre séjour, il sera difficile de continuer à présenter ces missions d’évaluation comme autre chose qu’un exercice diplomatique déconnecté de la réalité qu’elles prétendent, chaque fois, venir constater sur le terrain.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Article précédent EN DIRECT, guerre en Ukraine : pour Kyrylo Boudanov, le chef… Article suivant Réseaux sociaux : le gouverneur de Californie, Gavin Newsom,…

Commentaires (0)

Laisser un commentaire

0 / 2000 caractères

Aucun commentaire. Soyez le premier !