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Géopolitique

Gilbert Achcar, chercheur : « L’“America first” de Donald Trump ne doit pas s’entendre comme un repli sur soi : c’est une affirmation de domination sur le monde »

Le président américain poursuit une politique de domination au Moyen-Orient, estime Gilbert Achcar. Dans un entretien au « Monde », l’intellectuel franco-libanais défend un anti-impérialisme fondé sur le droit des peuples à l’autodétermination, plutôt que sur le soutien aveugle aux enn

Gilbert Achcar, chercheur : « L’“America first” de Donald Trump ne doit pas s’entendre comme un repli sur soi : c’est une affirmation de domination sur le monde »
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Agé de 74 ans, l’intellectuel franco-libanais Gilbert Achcar est professeur émérite en études du développement et relations internationales à la School of Oriental and African Studies de l’université de Londres. Son dernier ouvrage, Les Guerres de l’empire américain au Moyen-Orient (La Dispute, 224 pages, 18 euros), traite de l’impérialisme américain et de l’anti-impérialisme dans une région ravagée par la guerre.

Quel est le véritable objectif de la guerre lancée par Donald Trump contre l’Iran conjointement avec Israël le 28 février ?

Il ne s’agit pas de changer de régime au sens où l’entendait l’administration de George W. Bush lorsqu’elle a envahi l’Irak en 2003. A l’époque, les néoconservateurs ambitionnaient de remplacer le régime despotique de Saddam Hussein par une démocratie libérale sur le modèle de l’Allemagne et du Japon d’après la seconde guerre mondiale. Ce projet a lamentablement échoué.

Donald Trump, lui, n’a aucune prétention démocratique. Il ne souhaite pas un changement de régime, mais un changement de comportement du régime. C’est ce qu’il a obtenu au Venezuela [où les forces américaines ont capturé Nicolas Maduro le 3 janvier ; la vice-présidente Delcy Rodriguez lui a succédé à titre intérimaire], qui est un cas d’école. Il a pensé obtenir la même chose en éliminant la direction iranienne. C’était un mauvais calcul, car il n’a fait que renforcer les durs du régime.

Trump a donc obtenu le résultat contraire à celui qu’il recherchait. Pire, l’Iran joue l’escalade en attaquant l’Arabie saoudite à travers ses alliés houthistes du Yémen [qui ont notamment revendiqué, le 14 octobre, des attaques contre l’aéroport de Riyad et des installations pétrolières saoudiennes]. Aujourd’hui, tout est en place pour une reprise de grande ampleur de la guerre après les élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Mais je crois que Trump ne sait pas lui-même ce qu’il fera : sur l’Iran, il navigue à vue.

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